TSCG – La dérive austéritaire de l’Europe

Une formation proposée par Céline Meneses, secrétaire internationale du Parti de Gauche et assistante de Jean-Luc Mélenchon au Parlement européen. Elle s’est déroulée lors du « Remue méninges », le 23 août 2012, à St-Martin-d’Hères.

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Présentation vidéo de « L’Europe austéritaire » par Céline Meneses, livre qu’elle a écrit avec Jean-Luc Mélenchon, édité chez Bruno Leprince dans la collection « Politique à gauche ».

 

Hollande et le référendum, épisode 2

Passage du Premier ministre sur France2 – Jean-Marc Ayrault indique une voie sans issue

Il a rejoué la ritournelle triste d’un  « coût du travail » trop élevé qui sert de base à toutes les  politiques libérales en Europe.

Il n’a promis aucune proposition concrète face aux plans de licenciements qui dévastent le pays. Il a par contre lâché un « je ne peux pas dire que les hauts-fourneaux ne vont pas fermer » qui a du inquiéter, à juste titre, les salariés d’Arcelor-Mital.

Sur le traité  Merkozy, visiblement mal à l’aise, il a inventé un concept : le traité n’a certes pas été modifié mais oui il a été renégocié ! Il a ainsi puisé dans la méthode coué pour jurer que « les lignes avaient bougé en Europe ». Il ne convaincra personne : seules les courbes ont bougé : celles du chômage et des licenciements vers le haut.  On aura cependant compris qu’il ne compte plus engager l’épreuve de force avec sa majorité. Contrairement à ses déclarations à l’Université du PS à la Rochelle, il assure laisser en place ses deux ministres d’Europe Écologie – les Verts malgré la position de leur parti contre le traité. Enfin il ne compte pas  engager la responsabilité de son gouvernement lors du vote sur le traité. Ce premier recul, salutaire mais contraint, est la reconnaissance que la mobilisation contre le traité monte dans le pays et à gauche. Il constitue un encouragement pour l’accentuer.

Le Premier ministre a ainsi confirmé, sans lyrisme aucun, la politique sociale libérale de son gouvernement. Si on n’en modifie pas le cours, elle va mener le pays et la gauche dans l’impasse. Il devient urgent de proposer l’alternative à gauche qui se dessine de plus en plus nettement contre le traité européen et l’austérité.

Front des luttes – Sodimédical, le changement dans la constance !

Ce mercredi 26 septembre, les salariés de Sodimédical et leur avocat, Maître Philippe Brun, étaient à nouveau devant la Cour d’appel de Reims pour demander l’annulation de la mise en liquidation prononcée le 18 septembre dernier. Elles étaient toutes là, les salariées de cette entreprise en lutte, déterminées, épuisées après deux ans de lutte, d’atermoiements, mais pourtant riches de 33 victoires juridiques. Stupeur ! Contre toute attente, le couperet s’apprête à tomber. Le délibéré confirmant la décision de liquidation est reporté au vendredi 28 septembre.

Nous rappelons que le 11 juillet dernier, la chambre sociale de la Cour d’appel de Reims ordonnait au groupe Lohmann & Rauscher de payer les 10 mois de salaires dus aux salariés et exigeait la relocalisation de l’activité sur le site de Plancy l’Abbaye dans l’Aube. Décision de justice que le gouvernement est incapable de faire appliquer. Alors que le siège social de la multinationale Lohmann & Rauscher réside dans un État membre de la Communauté européenne !

Devant cette situation d’urgence sociale, est-ce être impatient que de demander au gouvernement d’agir? Comment le ministère de la Justice peut-il accepter que 33 décisions de justice soient ignorées par ce groupe ? Comment le ministère du redressement productif peut il accepter que ne soit pas appliquée la décision de relocaliser l’activité à Plancy l’Abbaye ?

Les propositions du Front de Gauche représentent une alternative à cette politique guidée par l’austérité. Il est plus qu’urgent de voter une loi contre le licenciement boursier et des droits nouveaux pour les salariés, notamment le droit de préemption.

Comme nous l’a répété Maryline, une salariée de cette entreprise, « nous avons été assez humiliées ! Nous voulons que soient respectés nos droits et ainsi retrouver un peu de dignité. » L’humain d’abord !

*Laurence Sauvage est Secrétaire nationale du Parti de Gauche en charge des luttes sociales et Responsable du Front des Luttes ; Philippe Juraver, du Parti de Gauche, est co-animateur du Front des Luttes

Espagne – Le gouvernement Rajoy doit écouter le peuple

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La colère monte en Espagne et c’est justifié. Le taux de chômage de 25% , atteint les 52,7% chez les jeunes. Les pressions des marchés financiers continuent : le taux d’emprunt à 10 ans est repassé mercredi au dessus de la barre des 6%. Et le gouvernement se plie aux injonctions des banques et de la commission européenne.

C’est une année d’austérité que Mariano Rajoy présente aujourd’hui, avec 39 milliards d’euros de coupes budgétaires pour 2013.
Il ne faut pas s’étonner que les citoyens espagnols se rassemblent pour dénoncer une démocratie « confisquée », assujettie « aux marchés financiers ». Au lieu d’attiser le feu par la répression et la criminalisation des mouvements sociaux, le gouvernement Rajoy doit écouter le peuple espagnol qui souffre.

Le Parti de la gauche européenne dénonce les violences et la disproportion des forces policières déployées contre l’initiative hautement symbolique du 25S « Toma el congreso ».

Heureusement qu’en Espagne, il y a des forces qui écoutent leur peuple et prônent une alternative sociale, économique et écologique basée sur une « régénération » de la vie politique.

Le PGE réaffirme son soutien à Izquierda Unida (IU), au Parti communiste d’Espagne (PCE) et à Esquerra unida i alternativa (EUiA) en Catalogne, ainsi qu’à leur proposition de référendum sur les coupes budgétaires.

Pas de délit de solidarité pour Florimond Guimard et Jean Sicard !

Alors que le Ministre de l’intérieur vient d’annoncer que dans le projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres ce vendredi, le délit de solidarité sera abrogé, la préfecture des Bouches du Rhônes vient de condamner à 200 euros d’amende Florimond Guimard, syndicaliste enseigant et Jean Sicard, militant du Parti de Gauche, qui s’étaient opposés à l’expulsion d’un sans-papiers.

Petit Rappel :

–        En mars 2011, un papa comorien, en France depuis environ 10 ans, muni d’un travail en CDI, père de 2 fillettes scolarisées, dont l’épouse est en situation régulière, est enfermé au Centre de Rétention Administrative en vue de son expulsion. Le cas est si exemplaire qu’en moins d’une semaine, la mobilisation rassemble le jour de l’expulsion plus de 200 personnes qui décident d’envahir la salle de contrôle des voyageurs de l’aéroport de Marignane. M.Soihili est libéré. Il sera régularisé quelques semaines plus tard, non pas parce que le préfet a révisé sa position, mais parce qu’un tribunal l’y a contraint. 

En somme si M. le Préfet avait fait son travail correctement, rien ne serait arrivé.

–        En juin 2012, plus d’un an après les faits et six semaines après le 6 mai, deux militants, parmi les 200 personnes, Florimond Guimard et Jean Sicard, sont convoqués devant la Commission de sécurité de l’aéroport. Qui les écoute attentivement certes, mais les accuse d’avoir violé… un sanctuaire (les aéroports sont des sanctuaires depuis le 11/9/2001). Et sur les recommandations de cette commission, le Préfet vient de choisir de sanctionner….

Le Parti de Gauche dénonce cette application dans les faits du délit de solidarité. Il demande au ministre M. Valls d’intervenir auprès du Préfet afin que toutes les sanctions à l’encontre des deux militants soient annulées.

Le Parti de Gauche réaffirme sa demande en faveur d’une loi d’amnistie pour tous les militant-e-s associatifs et syndicalistes criminalisés sous le gouvernement Sarkozy.

 

Danielle SIMONNET – Conseil de Paris des 24 et 25 septembre

Depuis cet été je n’ai pas encore réussi à trouver le temps d’écrire sur mon bloçg. Ce ne sont pas les sujets qui manquent mais bien le temps !
Tout le mois de septembre a été consacré à la bataille contre le traité austéritaire dit TSCG, la préparation de la fête de l’huma et de la fête des associations qui s’est tenue ce samedi dans le 20e. Promis, je reprends les bonnes résolutions d’animer ce blog, et pour commencer voici à chaud un compte rendu de la séance du Conseil de Paris qui s’est tenu toutes ces deux journées de lundi et mardi !
Et surtout, n’oubliez pas de venir Dimanche à la Manifestation contre le traité austéritaire pour exiger un Référendum !

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Compte rendu du Conseil de Paris

 

Le groupe Front de Gauche invite la bataille contre le traité austéritaire dans les débats

 

 

 

Batailles sociales

 

 

 

 

 

Batailles pour l’égalité des droits

 

Sur les sujets rattachés au ministre Valls, les élus socialistes et l’exécutif municipal a semblé plus prompt à faire entendre une autre musique…

 

 

 

 

 

 

Batailles écologiques :

 

 

 

 

Batailles laïques :

 

Le blog de Danielle SIMONNET

Pas de manifestation raciste à Paris

Les Jeunesses nationalistes, groupuscule d’extrême-droite surtout présent à Lyon, appellent à une manifestation à Paris ce samedi 29 septembre avec entre autres comme mots d’ordre « restez maître chez nous » et « Islam hors d’Europe ». L’organisateur de cette manifestation Alexandre Gabriac,  conseiller régional exclu du Front National après la publication de photos le montrant faisant le salut nazi et devant un drapeau nazi, annonce que le cortège traversera « des quartiers symboliques pour réaffirmer qu’on est maîtres chez nous ». On peut donc légitimement s’inquiéter de risques d’agressions au cours de cette manifestation.

Alors que les manifestations contre le film « Innocence of muslims » ont été interdites en France au nom d’un risque à l’ordre public, il apparaîtrait surprenant qu’une manifestation annoncée dans les termes de celle des Jeunesses nationalistes soit autorisée.

Le deux poids deux mesures serait un très mauvais signal au moment où la droite et l’extrême-droite recommencent la concurrence à celui qui sera le plus anti-immigrés.

Le Parti de Gauche demande au ministre de l’intérieur d’intervenir pour que la manifestation des Jeunesses nationalistes de samedi soit interdite.

Militant-e-s LGBT contre le TSCG – « Nous voulons l’égalité sans l’austérité »

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Nous appelons à manifester le dimanche 30 septembre à Paris contre Le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro, dit Pacte budgétaire, qui doit être soumis en octobre 2012 au vote du Parlement, à défaut de référendum populaire.

L’année 2012-2013 devrait être une année d’avancée en matière d’égalité des droits pour les personnes LGBT avec la promesse de l’ouverture du mariage pour tou-te-s et du début de la reconnaissance législative de l’homoparentalité, même si le gouvernement semble pour le moment bloquer sur l’ouverture de l’adoption conjointe hors mariage, sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes et sur la reconnaissance de la filiation dans les projets de coparentalités et même si par ailleurs aucun calendrier n’est pour le moment connu concernant le droit de toute personne à changer son état-civil en fonction de son identité de genre. Nous ne méconnaissons pas les levées de boucliers qui se profilent déjà parmi les milieux réactionnaires qui refusent l’égalité des droits pour les personnes LGBT, et ce même avec un projet gouvernemental a minima. Certes le combat pour la reconnaissance de l’égalité pour toutes les formes d’union reste en grande partie une lutte idéologique pour faire changer les mentalités, mais que vaudra concrètement cette égalité dans les vies des personnes LGBT, si la victoire symbolique en matière d’égalité des droits en 2013, se conjugue dans le même temps avec l’austérité ? Le fait que la promesse du mariage pour tou-te-s fasse oublier toute avancée des droits sociaux et économiques dans le cadre du PACS, tel que le droit à la pension de réversion pour le conjoint survivant pacsé que demande le mouvement LGBT ces dernières années, n’est-il pas lui-même la conséquence des politiques d’austérité déjà mises en œuvre par anticipation de la règle d’or ?

En effet, le Traité européen d’austérité, vise à inscrire dans le marbre « la règle d’or » de déficit budgétaire maximum annuel de 0,5% du PIB, à la place du seuil déjà trop restrictif des 3% du PIB. Cela revient à considérer que toute dépense publique supérieure aux recettes courantes est un mal en soi ! Pire, en imposant cette règle d’or, on ne réussiraient qu’à provoquer une dépression durable et générale en Europe et, comme le montrent les exemples grecs, portugais ou espagnols, loin de résoudre la crise économique, on ne ferait que la nourrir et l’aggraver.

La crise économique et les politiques libérales accentuent la compétition de tou-te-s contre tou-te-s, notamment dans l’accès à l’emploi, au logement, à la santé et sont le terreau de toutes les discriminations, qu’elles soient sexistes, xénophobes ou LGBT-phobes, et également des idéologies réactionnaires. Et dans le même temps, en période de crise aggravée, il est très difficile de faire avancer les droits LGBT quand la priorité est principalement donnée aux dossiers économiques. Nous ne sommes malheureusement pas obligés de nous tourner vers le passé des années 1930 ou 1940 pour trouver des exemples édifiants. Aujourd’hui même, en Grèce, principale victime des politiques austéritaires imposées dans l’Union européenne depuis 2009, on voit la montée en puissance d’un parti néo-nazi avec pignon sur rue, l’Aube dorée, qui prospère dans le contexte de crise et dont les membres ne se privent pas de faire des descentes violentes dans les rues d’Athènes contre les étrangers, les homosexuels ou les transgenres, avec une quasi impunité. Alors que la Grèce est l’un des pays de l’UE les moins dotés en matière de droits LGBT, la crise économique et la priorité donnée au dépeçage du secteur public a définitivement renvoyé hors calendrier toute possible avancée dans ce domaine. Et dans cette même Grèce meurtrie par les coupes budgétaires à répétitions, le taux d‘infection au VIH a augmenté de 52% entre 2009 et 2010 d’une part du fait de la chute des financements des politiques de prévention de santé sexuelle, et d’autre part à cause de l’augmentation des pratiques à risques de toute une population qui ne se voit pas d’avenir.

En France aussi toutes les politiques publiques tombent sous le coup de restrictions budgétaires. Les personnes LGBT ont besoin comme tout le monde de services publics qui fonctionnent, de transports, d’équipements publics, d’égal accès aux droits sociaux dans tous les territoires et les quartiers, et aussi du soutien financier des pouvoirs publics à l’intervention du tissu associatif. Mais de façon plus sectorielle, comment imaginer la mise en place de nouvelles politiques de luttes contre les discriminations LGBT-phobes ? Certes, le gouvernement actuel affiche en ce domaine une volonté de principe qui tranche avec le précédent mais comment passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle si la dépense publique est appelée à diminuer ? Car derrière la règle d’or, ses partisans ne veulent pas d’un Etat qui puisse investir dans l’éducation, la santé, la recherche, le logement, les transports collectifs, la sécurité, etc.

Prenons l’exemple de la santé. Comment envisager de réelles politiques de prévention, de dépistage et de promotion de la santé sexuelle, ciblées en fonction des risques sanitaires, notamment à l’égard des personnes LGBT, si pour cause d’austérité on maintient les franchises médicales et la désorganisation de l’hôpital public héritées des 10 ans de gouvernement UMP, avec des ARS qui sont là pour gérer la pénurie ? Les mêmes ARS refusent pour raison budgétaire les plans d’actions de lutte contre le suicide des jeunes LGBT ou  victimes de LGBT-phobies car les services de la santé publique n’ont toujours pas engagé un chiffrage administratif du risque accru de suicides chez les jeunes stigmatisés, qu’ils ou elles soient L, G, B ou T, ou que leurs comportements ne correspondent pas aux stéréotypes de genres habituels.

Par ailleurs, la loi condamne déjà les violences LGBT-phobes, les propos publics discriminatoires et les discriminations en milieu professionnel ou dans l’accès au logement ou aux biens et services. Mais comment faire valoir ces droits, si les services de la Justice sont engorgés faute de moyens? La même question se pose concernant le corps de l’Inspection du travail qui continue à être saigné dans ses effectifs au point de remettre en cause un réel travail de repérage des situations de brimades discriminatoires, de harcèlement moral ou de plafond de verre dans l’évolution des carrières à l’encontre des personnes LGBT, en milieu professionnel. De même, concernant les discriminations au Travail, l’Etat a-t-il l’intention d’engager les moyens nécessaires pour mener une grande enquête nationale de repérage et chiffrage, telle que demandée par les associations et organisations syndicales engagées sur ce terrain ?

En milieu scolaire, la politique de lutte contre les discriminations revient bien souvent à faire sous-traiter la question par des interventions éparses d’associations. Si on peut saluer la progression du nombre d’associations agréées aux niveaux national ou académique pour faire de telles interventions, celles-ci ne peuvent à elles seules couvrir tous les établissements. L’Etat doit pourtant donner les moyens d’une réelle visibilité de la campagne d’affichage du numéro de la ligne Azur et répondre aux besoins de formation sur les questions LGBT des professionnels de l’Education nationale, qu’ils soient  enseignants ou non (CPE, services de santé scolaire) ? Le même besoin de formation aux questions LGBT se fait aussi sentir  hors milieu scolaire en ce qui concerne les associations d’éducation populaire ou les éducateurs sociaux qui accompagnent les jeunes LGBT confrontées à l’errance par rejet familial.

Parce que l’engagement de l’Etat sur les questions touchant les personnes LGBT ne peut se limiter à des mesures de principes ou symboliques mais qu’il doit être aussi d’ordre financier, nous voyons bien que les exigences en termes d’égalité réelle pour les LGBT ne sont pas compatibles avec la politique d’austérité imposée par les institutions de l’UE. Aussi, nous appelons à manifester à la marche du  dimanche 30 septembre contre la ratification du traité TSCG.

Signataires :

Venezuela – De Caracas: déambuler,s’inspirer et témoigner de l’austérité libérale

 

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Voilà, j’y suis. Caracas, Venezuela, à quelques jours de l’élection présidentielle du 7 octobre. En pleine campagne entre le président Hugo Chavez qui achève son deuxième mandat, et le candidat de la droite, Henrique Capriles Radonski. Curieusement, la campagne ne se fait que discrètement présente dans les rues de Caracas. Des affiches, des pochoirs, mais on est loin de l’effervescence des grandes manifestations publiques. Une première chose me percute, sur la route qui mène de l’aéroport à Caracas : l’aspect symboliquement très affectif de la campagne de Chavez qui mise sur le visuel du cœur. Ça me fait penser aux jours heureux, à la vie douce, au buen vivir que nous tentons de remettre au goût du jour nous aussi, et même aux histoires d’amour parfois évoquées par Jean Luc pendant la campagne. Je ne trouve ça ni risible, ni mièvre, bien au contraire. Notre slogan « L’humain d’abord » ne disait pas autre chose.

Loin de la ferveur populaire, donc, les rues de Caracas sont à leur habitude un combat permanent du piéton pour se frayer un chemin sans se faire écraser, pleines de bruits, de fumées de pots d’échappement, de scooters et de camionnettes. L’impression d’être un peu à contre-temps, comme en avance sur le timing. De déambuler le nez au vent parmi une foule pressée. De devoir encore me délester de mes habitudes d’européenne… C’est pourtant à ce titre que je suis là. Pour venir témoigner de la réalité des politiques libérales et du résultat des politiques d’austérité en Europe. Car ici, la droite a compris que le libéralisme n’était pas porteur, dans une région du monde qui a payé un lourd tribut aux politiques du FMI et de la Banque Mondiale. Il y a plus de vingt ans, en 1989, le « Caracazo » était déjà une insurrection populaire contre les plans d’ajustement structurels imposés par le FMI. Elle s’était achevée dans le sang.

IMG_20120923_181227.jpgLa droite conservatrice vénézuélienne se trouve aujourd’hui également entravée par la réalité des progrès sociaux effectués depuis l’accession au pouvoir de Chavez : taux de pauvreté passé de 49% à 28% entre 1999 et 2010 selon l’ONU, mise en place de magasins d’alimentation d’État pour les plus pauvres, réforme agraire contre les grandes propriétés terriennes et système de semences public et solidaire, création de banques communales et monnaies locales, construction de 200.000 logements sociaux, passage de 44 à 40 heures de travail hebdomadaire, extension du congé maternité… Alors le candidat Capriles revêt une apparence sociale-démocrate, reprenant à son compte la Constitution de 1999, que la droite avait pourtant combattu à l’époque, allant même parfois jusqu’à reprendre les thèmes du président sortant, affirmant qu’il faut aller encore plus loin dans la lutte contre la pauvreté, et validant par la même en filigrane la politique de Chavez ! C’est une première victoire idéologique, lorsque vos adversaires en sont à reprendre vos propres termes. On le voit chez nous, où nous luttons pour parler de « cotisations » et non de « charges » sociales, où encore lorsque nos concurrents et adversaires politiques reprennent l’idée de revenu maximum ou de la planification écologique.

Ce que ne dit pas le candidat Capriles se trouve en revanche en toutes lettres dans son programme,épluché brillamment par Romain Mingus. C’est un programme de droite libérale tout ce qu’il y a de plus orthodoxe, singulièrement en matière économique : privatisation de l’énergie (notamment du pétrole, aujourd’hui géré par une entreprise publique), épargne individuelle volontaire en lieu et place de la sécurité sociale, retraite par capitalisation, autonomie de la Banque centrale vénézuélienne, et globalement ouverture au privé de tous les secteurs de l’économie… Ça vous rappelle quelque chose ? Alors oui, il n’est pas inutile de venir rappeler au peuple vénézuelien ce que donne ce type de politique.

IMG_20120924_103616.jpgEn Europe nous disposons hélas d’un espace privilégié d’observation. La campagne contre le traité européen TSCG qui bat son plein en France rappelle tout cela : la confiscation de la souveraineté populaire, l’austérité qui condamne les services publics et les mécanismes de redistribution, le pouvoir laissé à la finance. Comme le rappelait Jean Luc Mélenchon dans un billet de blog cet été : « [au Vénézuela] d’une façon générale j’observe que peu de gens sont informés du degré de verrouillage « austéritaire » en Europe. Je pense qu’il en est ainsi parce qu’ils croient que les horreurs qui leur sont arrivées dans la phase précédente de leur histoire, celle où le FMI et la Banque mondiale leur serraient la gorge, sont connues en Europe. Ici ils pensent que tout le monde a tiré la leçon de cette politique. Il leur est difficile d’admettre que ce n’est pas le cas. Quand j’explique que la Banque centrale européenne ne prête pas directement aux États tout le monde est stupéfait, se fait répéter l’information pour être certain d’avoir bien compris« . Il est inconcevable que si peu d’enseignements aient été tirés des erreurs du passé. Et pourtant.

Voilà tout le travail internationaliste que nous nous efforçons de réaliser au Parti de Gauche : apprendre du passé et d’ailleurs, décrypter les mécanismes de la révolution Bolivarienne et se souvenir des contre-révolutions réactionnaires qui s’ensuivent, toujours. Tourner nos yeux du côté de la Grèce et de l’Espagne, pour refuser de subir le même sort. Prendre appui sur la révolution citoyenne, le refus de rembourser la dette, la création de la CELAC (communauté des Etats latino-américains et des caraïbes) qui regroupe 550 millions d’habitants et permet une coopération autonome des États Unis, ou encore la création de la monnaie commune du SUCRE. Autant de chemins différents pour inventer des coopérations inter-régionales qui ne soient pas celles des oligarques, mais des peuples.

Et aussi, se rendre sur place, pour éviter de dépendre des discours formatés d’une certaine presse française sur ce qui se passe ici. Aller au delà des clichés caricaturaux sur « l’autoritaire Chavez ».Constater de ses propres yeux que oui, la presse qui se vend ici dans chaque kiosque, à chaque coin de rue, est libre. Tellement libre que la Une de la plupart des grands journaux vante les mérites du candidat Capriles. Regretter même que dans ce pays souvent décrit en France comme placé sous la coupe d’un socialisme dur, le consumérisme de masse se porte bien, merci. Il suffit pour s’en convaincre d’aller faire un tour dans les galeries marchandes de Caracas. Ce que j’ai du faire dès mon arrivée, ma valise ayant eu la malencontreuse idée de rester quelque part sur le tarmac entre Paris et Caracas. Zara, Naf Naf, téléphonie mobile, Mac Donald’s et consorts n’ont pas été chassés du pays, loin s’en faut. Il reste du taf.

IMG_20120924_103532.jpgC’est le même désir de témoigner du réel qui m’avait motivée à me rendre en Cisjordanie. J’écrivais alors : « les représentations, les stigmates, les clichés qui sont véhiculés sont un frein à la résolution de ce conflit autant qu’au développement des territoires. Se confronter au réel là-bas permet d’aller au-delà des postures, de toucher du doigt une réalité qui hélas dépasse d’ailleurs parfois la fiction ». C’est lui encore qui m’a poussée à déambuler librement dans les rues de Caracas ce matin. A relire à la terrasse d’un café, levant les yeux de temps à autre, le dossier que je me suis concocté à base d’articles du Monde Diplo (le très bon papier de Steve Ellner, à lire ici) et de Mémoire des Luttes, à tout observer, humer l’air (keuf keuf), écouter, ressentir…

Car je suis en avance, comme je le disais au début de cette note. Le reste de la délégation n’arrive que dans les jours qui viennent : François Delapierre cet après midi, Alexis Corbière demain, plus tard encore Maurice Lemoine, Martine Billard, Christophe Ventura et Eric Coquerel… Avec les premiers, nous devons nous retrouver mercredi et jeudi en « séminaire » sur l’Union européenne, je ne sais pas encore quelle forme cela va prendre. Comme souvent ici, les infos arrivent au fil de l’eau. Une interview sur la chaîne de télévision TeleSur cet après midi peut être, une réunion politique demain, une visite au QG de campagne de Chavez… Les choses se décident au fur et à mesure. J’ai connu ça dans chaque sommet altermondialiste, de Madrid à Quito. J’imagine que cet automatisme de l’imprévu se trouve encore renforcé par la campagne présidentielle qui impose son propre rythme. Le souvenir encore vif et récent de notre propre présidentielle me laisse entrevoir à quel point plus personne n’est maître du temps dans ces périodes denses et chaotiques. Ce n’est pas pour me déplaire. Même si j’éprouve toujours un peu de difficultés à accepter cet entre-deux flottant, je dois reconnaître que mon départ dimanche, avec mon seul billet d’avion en poche et aucune idée de la suite, a fait partie des moments grisants que j’aime follement.

Mais trêve d’aventure, j’ai finalement été accueillie dès mon arrivée à l’aéroport de Caracas par le companero Lenin (sic!). L’occasion de lui passer des nouvelles de mon ami et camarade Christophe Ventura, qui m’avait initié aux charmes de Caracas il y a trois ans, d’échanger en attendant cette fichue valise qui n’arrivera pas, sur le contexte politique et le programme des prochains jours. Un énorme regret : la tournée dans différentes villes du pays est prévue plus tard, je serai sans doute repartie.

Je ferai donc ma part à Caracas, cette ville où le décalage horaire m’a apporté un premier constat, ce matin : ici le peuple se lève tôt.

Le blog de Corinne Morel Darleux

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