Suite au 5 mai • Lettre au Préfet de police de Paris

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2013.05.05. Paris – Marche contre l’austérité, la finance et la 6ème République • 2013.05.05 – Marche 6ème République – Paris (Photos Alparslan Coskun )

2013 • 2013.05.01 Manif 1er Mai à Paris – Alparslan COSKUN

5 mai • « La période d’essai est terminée »

Marche_5_mai_marche_5_mai_144_a-coskun Crédit Photo A Coskun

180.000 manifestants ont repris dimanche 5 mai, un an après l’élection de Hollande, possession de la Bastille. De là ils ont marché jusqu’à la Nation en passant au par avant sous une Arche où était écrit : Ensemble jusqu’à la VIè République. Retour sur cette journée de contestation radicale d’une politique austéritaire et de capitulation et premier acte d’une souveraineté populaire en marche pour la refondation nécessaire de la République

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Crédit photo Eric Prados

Il y avait Dimanche 5 mai à la Bastille un parfum de fête populaire. Les rues de Lyon, de Daumesnil étaient pavoisées comme à la parade de bannières rouge et verte du PG ou rouge du PC accrochées en guirlande aux arbres. Tout laissait penser que malgré les vacances il y aurait foule. Et foule, il y a eu à l’occasion de ce double anniversaire, celui de l’ouverture des Etats-Généraux en 1789 et celui de l’accession, l’an dernier, d’un président socialiste au pouvoir après les cinq désastreuses années Sarkozy. 180000 marcheurs ont pris possession de la Bastille pour s’indigner de la capitulation de François Hollande face au Medef et à la commission européenne et du déni de sa reddition sans condition présentée comme seule politique possible et réclamer un changement de politique et de nouvelles institutions.

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Crédit photo Bruno Fischer

Beaucoup de manifestants ont commencé à rejoindre le cortège des organisations du Front de Gauche dès avant 13 heures, s’entassant dans une humeur bonhomme, mais radicalement critique autour de la colonne de Juillet. De nombreux balais étaient de sortie pour un grand nettoyage de saison et les pancartes se répondaient les unes les autres. Hollande était rappelé à ses promesses trahies et la 5e République à sa déliquescence. Quitte à faire des détours comme l’une qui réclamait « Robespierre, reviens ! » tandis qu’une autre, citant l’antique philosophe grec Héraclite, affirmait « Sans l’espérance, on ne trouvera pas l’inespéré ». Les figures du Che, de Chavez ornaient quelques tee-shirts qui affichaient aussi « On lâche rien, Wallou ! », des badges pour une 6e République ou des slogans au feutre genre « Chérèque aime les sucettes à l’ani », « Quand l’injustice devient la loi, la résistance est un devoir »… Bref, une foule en marche pour une nouvelle république, mais où chacun pouvait faire entendre sa petite musique.

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Crédit photo Bruno Fischer

La bonne humeur et la bienveillance ou le caractère multigénérationnel et parfois familial du cortège n’ont pas édulcoré sa détermination. Car l’heure est grave comme pouvait le rappeler l’existence d’un campement de SDF, devenu permanent au fil du temps, installé sur le trottoir longeant l’Opéra Bastille, honteuse métaphore d’une répartition injustifiable du travail et des richesses. Une tente vide était d’ailleurs suspendue à l’extrémité de cet espace d’habitat précaire avec ces quelques mots : « Construire un monde solidaire. » L’heure est même particulièrement grave comme le relevaient les différents cortèges égrenant les mauvais coups portés contre le Code du travail avec l’ANI, contre les syndicalistes avec le refus de toute amnistie, contre la démocratie avec les institutions de la 5e République dont les affaires (celle de Cahuzac entre autres) ont montré le délitement et l’inadéquation. De nombreux représentants d’entreprises en lutte en témoignaient comme les Fralib, revêtus d’un tee-shirt libellé « Unilever tue l’emploi » et qui défilaient derrière un éléphant blanc en carton-pâte ou des salariés d’Arcelor-Mittal, de Sanofi…

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Crédit photo Rémy Blang

Les porte-parole des organisations du Front de gauche ou associé à la marche à titre parfois personnel comme Eva Joly, accompagnée de nombreux militants d’EELV, ont repris dans leurs interventions ces inacceptables manquements démocratiques d’une République à bout de souffle qui, ajoutés à une politique de rigueur, conduisent à la catastrophe économique et sociale et font le lit de l’extrême droite. « Il faut réformer les institutions. Nous voulons un changement de république et reconstruire l’Europe, a dit l’ancienne candidate à la présidentielle d’EEL. Ne pas constituer un bloc anti-allemand, mais un front anti-austérité. Cependant, rien ne se fera si la société ne se réveille pas. »

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Crédit photo Photothèque du mouvement social (E; Leclerc)

Pierre Laurent, secrétaire générale du PCF a abondé dans son sens, précisant que cette « marche ne doit pas rester sans lendemain » appelant à réunir des assemblées citoyennes. Car le bilan est lourd, un an après l’élection de François Hollande. « C’est une année gâchée pour le changement. » Et ceci devient « trop dur et trop dangereux pour notre pays. » Après le Code du travail se profile une nouvelle attaque contre les retraites. « Il faut arrêter les forces de la finance. »

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Crédit photo Stéphane Burlot

Nous en avons les moyens a apprécié Jean-Luc Mélenchon exaltant « la puissance contenue par le (présent) rassemblement et qui dépasse de loin l’homme qui peut l’exprimer, un parti ou même un groupe de partis » tandis que montaient les cris de « Résistance ! Résistance ! ». « Nous sommes toujours le peuple souverain et c’est à lui seul d’être constituant » a-t-il rappelé, soulignant que les mandats accordés à ses représentants devraient être susceptibles de révocation par référendum. La 6e République à venir devrait aussi avoir pour objectif d’introduire la citoyenneté dans les entreprises et se fixer pour horizon productif l’intérêt général. « Le premier devoir d’être humain, c’est de prendre ses responsabilités devant l’écosystème et d’établir la règle verte, c’est-à-dire ne pas prendre plus à la nature qu’elle est capable de renouveler. »

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Crédit photo Rémy Blang

Dans le même ordre d’idées, est-il possible d’envisager un remboursement de la dette par des populations incapables de combler un trou qui se creuse chaque jour un peu plus ? « Il faut choisir : la guerre ou la paix entre les peuples. » A cette aune, l’inflation est un moindre mal. Aussi a-t-il prévenu à l’adresse de François Hollande et de son gouvernement, « La période d’essai est terminée. Si vous ne savez pas quoi faire, nous, nous savons. L’urgence est là et nous ne pouvons pas attendre. Ce jour est un point de départ et nous travaillons à une nouvelle majorité. » Encourageant les initiatives, il a conclu qu’à partir d’aujourd’hui, « aucun de nous n’est seul ».

Effectivement, il faudra près de 25 minutes au carré de tête des porte-parole pour effectuer les 300 premiers mètres depuis le carrefour entre la rue de Lyon et la rue Daumesnil où ont été prononcés les discours. Des milliers de participants ont en effet précédé la tête de manifestation pour se masser plus avant sur son parcours. Beaucoup essaient d’apercevoir les orateurs. A ce jeu-là, Jean-Luc Mélenchon se taille un franc succès. Il a ce talent d’attiser les braises de convictions douchées par le temps et les déceptions et paie de son énergie contagieuse la reconnaissance des militants. Sans se la jouer rock-star comme certains médias peuvent le sous-entendre mais en remplissant la fonction de « tribun du peuple » comme il le revendique lui-même.

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Crédit photo A. Coskun

Et le peuple de gauche ne s’y trompe pas. Des pancartes dans le cortège qui va s’étirer durant trois longues heures vers la place de la Nation appellent chaque citoyen à « écrire sa constitution ». Certains, à l’exemple des pratiques grecques des inventeurs de la démocratie ont déjà des idées arrêtées sur le « tirage au sort » pour se préserver du clientélisme et de la corruption. En tout cas, il s’agit d’un virage à 180° avec le présent qu’une affiche résume en « l’oligarchie, c’est cause toujours ». Les médias ne sont pas épargnés par cette critique de la parole confisquée : les franges de certains balais ont été confectionnées dans des liasses de journaux. Et contre le consensus qui bâillonne et interdit, même dans les lieux privés comme le local du syndicat de la magistrature, de nommer un chat un chat, deux « murs des cons » se succèdent dans le cortège. On y reconnaît des patrons voyous, des médiacrates, des exilés fiscaux…

Au-delà de la bataille des chiffres, des commentaires de politologues sur la journée d’hier, la marche citoyenne pour une nouvelle République et contre l’austérité a constitué un vrai premier acte de mobilisation active. Il devra être nécessairement suivi de nombreux autres comme l’ont rappelé Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et les autres, juchés sur la plate-forme d’un camion, le long de la manif peu avant Nation, exhortant les participants à ne pas compter leurs efforts ni économiser leur énergie. Si l’on évoque la lointaine journée du 5 mai 1789, rien ne laissait présager la formidable dynamique qui allait changer le monde. Les cérémonies d’ouverture des Etats Généraux se sont déroulées tranquillement, presque banalement. La quasi-totalité des représentants du Tiers-Etat s’en était tenue humblement au port de l’habit noir de leur condition qui devait ne pas ternir la magnificence colorée des autres ordres. En l’absence d’un roi qui signifiait par là le peu de cas voire l’ennui et le mépris que suscitait pour lui l’irruption de la multitude, ils ont commencé à prendre l’initiative et leurs affaires en main…

Cont’age

Contage
Crédit photo Chimulus

Les suites du 5 mai

Le Front de Gauche se félicite du succès historique de la marche du 5 mai. Un an après l’élection de François Hollande, cette manifestation a confirmé d’une part le refus du peuple de gauche de la politique d’austérité menée par le gouvernement, d’autre part la possibilité de rassembler une majorité alternative appuyant une autre politique. La présence de très nombreux syndicalistes, salariés d’entreprises en lutte et le caractère populaire de la marche forment de ce point de vue un grand sujet de satisfaction. De même que celle d’Eva Joly et de nombreux élus, responsables et militants d’Europe Ecologie – Les Verts qui constitue un événement majeur. Enfin le mot d’ordre de changement de régime qu’exprime l’appel à une 6ème République a largement irrigué la marche.

La réponse du gouvernement n’a pas été à la hauteur de cette formidable aspiration. Au lieu de rassurer ceux qui ont permis la défaite de Nicolas Sarkozy il y a un an, Jean-Marc Ayrault a préféré dire une fois de plus sa sollicitude pour les chefs d’entreprise et annoncer la privatisation partielle d’entreprises publiques ! De son côté Manuel Valls joue de la provocation en minorisant outrageusement le nombre de manifestants.

Cette marche établit un rapport de force, ouvre de nouvelles perspectives, galvanise les énergies mais elle doit surtout être le début d’un processus. C’est pourquoi le Front de gauche, dans le même objectif d’élargissement que le 5 mai, propose d’ores et déjà d’autres rendez-vous dans les semaines à venir :

Brader les entreprises du secteur énergétique serait écologiquement irresponsable

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, vient de renouveler la novlangue politique : dorénavant on ne parlera plus de privatisation, même plus d’ouverture du capital mais de « dégager une partie pour financer l’investissement ». De fait cela a déjà commencé avec la vente par l’état d’une partie du capital de l’équipementier aéronautique Safran et du groupe aéronautique et de défense EADS au cours des dernières semaines.

Aujourd’hui il serait question d’Areva, EDF et GDF-Suez. Qu’en pense Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et de l’Energie, qui le 18 mars s’exprimait ainsi « l’ouverture du capital de RTE [filiale d’EDF en charge du réseau de transport d’électricité] n’est pas à l’ordre du jour et n’est de notre point de vue pas envisageable ».

Le gouvernement compte donc organiser la transition énergétique en affaiblissant un peu plus le poids de l’Etat dans les entreprises concernées. Cela vient après l’annonce de l’ouverture au secteur privé des concessions des barrages hydro-électriques, sujet sur lequel Delphine Batho avait aussi dit son opposition. Visiblement, pour ce gouvernement, l’avis de la ministre de l’écologie et de l’énergie n’a aucune importance.

Croire que la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre se fera en livrant le marché de l’énergie aux intérêts boursiers est écologiquement irresponsable. C’est au contraire d’un pôle public de l’énergie dont la France a besoin pour réussir cette transition le plus rapidement possible et le plus juste socialement.

La capacité d’innovation langagière de ce gouvernement ne suffit pas à masquer la nouvelle soumission à la finance.

Brader les entreprises du secteur énergétique serait écologiquement irresponsable

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, vient de renouveler la novlangue politique : dorénavant on ne parlera plus de privatisation, même plus d’ouverture du capital mais de « dégager une partie pour financer l’investissement ». De fait cela a déjà commencé avec la vente par l’état d’une partie du capital de l’équipementier aéronautique Safran et du groupe aéronautique et de défense EADS au cours des dernières semaines.

Aujourd’hui il serait question d’Areva, EDF et GDF-Suez. Qu’en pense Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et de l’Energie, qui le 18 mars s’exprimait ainsi « l’ouverture du capital de RTE [filiale d’EDF en charge du réseau de transport d’électricité] n’est pas à l’ordre du jour et n’est de notre point de vue pas envisageable ».

Le gouvernement compte donc organiser la transition énergétique en affaiblissant un peu plus le poids de l’Etat dans les entreprises concernées. Cela vient après l’annonce de l’ouverture au secteur privé des concessions des barrages hydro-électriques, sujet sur lequel Delphine Batho avait aussi dit son opposition. Visiblement, pour ce gouvernement, l’avis de la ministre de l’écologie et de l’énergie n’a aucune importance.

Croire que la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre se fera en livrant le marché de l’énergie aux intérêts boursiers est écologiquement irresponsable. C’est au contraire d’un pôle public de l’énergie dont la France a besoin pour réussir cette transition le plus rapidement possible et le plus juste socialement.

La capacité d’innovation langagière de ce gouvernement ne suffit pas à masquer la nouvelle soumission à la finance.

Tu as fait beau Dimanche !

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Crédit photo Photo Thomas Haley (Mediapart)

L’impopularité du Président Hollande bat pourtant tous les records. Quoiqu’ils en disent, quoiqu’ils en écrivent et quoiqu’ils en montrent cette agonisante complainte de l’espoir abandonné ne créé chez nous, les gens, aucune sorte de jubilation, aucun agrément, aucune satisfaction.

Entre Bastille et Nation, il faut être bien sot, pour n’avoir vu que les 30 000 partisans du Front de Gauche, c’est en effet, à peu prés notre capacité de mobilisation si il nous venait à l’idée que de s’adresser aux nôtres !

Mais si nous étions 5 ou 6 fois plus, au fond peu importe, c’est que l’appel pour la sixième République, contre la finance et l’austérité, est une réponse attendue par la grande majorité des électeurs de François Hollande ! Nous sommes Bien sur les victorieux du 6 Mai 2012, nous sommes les qui avons chassé Sarkozy pour ouvrir le chemin d’une politique qui s’émanciperait du règne de la Finance !

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Crédit photo Photo Thomas Haley (Mediapart)

Au fond, lorsque le résultat de la compétition à gauche entre la ligne droitière du Parti Sournois et le Front de gauche s’est noué, ce jour du Bourget, où le candidat Hollande a déclamé un discours d’homme de gauche, il a non seulement détourné des millions d’électeurs de leur véritables aspirations mais il a surtout pris le risque de jeter le peuple dans la nuit froide de la désillusion !

L’effroyable et redoutable chute de popularité qui l’accable est un nuage lourd sur l’ensemble de la Gauche et qui pèse froid sur la vraie vie des salariés ! Le Medef l’a bien compris qui pousse quotidiennement à son avantage la faiblesse du gouvernement et qui engrange jour après jour les cadeaux qu’il n’espérait plus possibles sous le règne de la droite. Mais il y a pire encore, la nuée de l’angoisse et du désordre des aspirations porte la lourde menace des chiens noirs du fascisme qui rodent dans les consciences perdues.

C’est la raison pour laquelle la danse morbide et inutile des fous austéritaires est d’autant plus affligeante que tout le logiciel social-démocrate s’avère incapable de porter la moindre réponse aux besoins non seulement des populations mais aussi au simple bon fonctionnement de l’économie réelle ! Les mêmes qui n’ont pas vu dans la manifestation d’hier l’expression claire des attentes de leur électorat sont incapable de comprendre que le rapport de force qui obligeait les industriels à partager les richesses est caduque depuis que les financiers sont les véritables patrons de toute activité humaine !

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Or c’est sur ce rapport de force que la logique social-démocrate pouvait s’appuyer, il n’en est plus rien aujourd’hui, et l’ensemble des forces syndicales de ce pays, qui de plus en plus en plus fréquemment rejoignent les mots d’ordre politique savent désormais que c’est de logiciel qu’il faut changer !

Oui tu as fait beau Dimanche, avec ton cortège pour l’égalité, ton cortège de travailleurs en lutte, tu as fait beau avec ces milliers d’écologistes venus, sous leur couleur, rappeler que le compte, là aussi n’y est pas !

La nouvelle République qui s’avance est la réponse attendue à ….. lire la suite sur le blog d’Alain Bousquet

Le discours de Clémentine Autain, la FASE, pendant la marche pour la 6ème République

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