Le Parti de Gauche avec les grévistes du nucléaire
Le Parti de Gauche était présent ce jeudi 23 mai au rassemblement en soutien aux salariées grévistes de la centrale nucléaire de Belleville sur Loire. Ces travailleuses sont en grève pour dénoncer les conditions illégales de sous-traitance dans lesquelles elles sont employées par EDF et demandent leur réintégration à l’entreprise. Une délégation était reçue ce jour par le cabinet de la Ministre de l’Écologie.
Le Parti de Gauche était représenté par son Secrétaire National Éric Coquerel et par Mathieu Agostini, Président de la Commission Écologie. Ils ont soutenu les demandes des salariées. Nous demandons notamment à ce que les cas de cette dizaine de salariés soit rapidement traité par la Ministre Delphine Batho. Nous soutenons également pleinement la demande d’audit de la sous-traitance dans le nucléaire demandée par la délégation de Sud Énergie. Cette question relève de l’intérêt général. Moins que n’importe où, la sous-traitance dans le nucléaire ne peut être tolérée. Leurs conditions de travail, dramatiques, mettent leur santé en péril, et, au-delà, c’est la sûreté des installations qui est mise en danger.
Le Parti de Gauche revendique que la question soit abordée dans le cadre du Débat National sur la Transition Énergétique. Nous demandons à ce que tous les sous-traitants soient réintégrés au sein d’EDF et à ce que les entreprises de l’énergie soient toutes renationalisées au sein d’un Pôle public.
De l’urgence du retour de l’Intérêt général humain dans la réflexion sur l’industrie électronucléaire
A la suite d’une nouvelle grève des sous-traitant-e-s à la centrale nucléaire de Belleville, j’ai été amené, avec mes camarades de la commission écologie du Parti de Gauche, à rédiger un communiqué de soutien. Il m’a semblé utile de prolonger ce communiqué afin de faire un point sur la situation de la sous-traitance dans cette industrie pas comme les autres. Cet article se veut donc instructif, informatif et questionnant. Espérons que cet angle de rédaction ne rebute pas l’internaute et que chacun-e se laisse le temps de la lecture. Ces hommes et ces femmes le méritent.
Au-delà du débat sur la sortie du nucléaire, tronqué dès l’origine de cette industrie née dans le mensonge, l’opacité et les certitudes assénées d’ingénieurs au service d’un lobby surpuissant, il s’avère aujourd’hui qu’un problème malheureusement prévisible prend une ampleur démesurée :
La dégradations des conditions de travail des sous-traitant-e-s de l’industrie électronucléaire.
Le Parti de Gauche a toujours soutenu que nous ne sortirions jamais du nucléaire sans ses
travailleuses et travailleurs et encore moins contre elles et eux. Depuis 2009, avec quelques autres forces, et l’appui de films importants (La bombe humaine d’Elsa Fayner, RAS Nucléaire, rien à signaler de Alain de Halleux) nous attirons l’attention sur les employé-e-s du nucléaire, et plus particulièrement des sous-traitant-e-s, et sur les conséquences des conditions de travail qu’ils/elles subissent sur leur propre santé et sur la sécurité des centrales donc des populations.
Un projet de dilution parfaitement organisé
A partir du milieu des années 90, le secteur du nucléaire a vu son activité de plus en plus livrée à la sous-traitance pour répondre aux exigences des directives européennes d’ouverture à la « concurrence libre et non faussée » des services publics et pour accroître les profits des nouveaux actionnaires. Ils sont aujourd’hui 43 000 salarié-e-s de la sous-traitance (environ 20 000 chez EDF). Cette méthode consiste à sortir les personnels du statut unique qui protège les travailleurs et travailleuses et les soumettre à des conditions insupportables de sécurité, de salaires, de précarité, de conditions de travail, de soumission, tout en les maintenant dans le silence et l’obscurité.
81 % de la maintenance du parc nucléaire est aujourd’hui confiée à la sous-traitance. Dans les années à venir 61 % de personnel statutaire d’EDF va partir à la retraite sans qu’un véritable plan de remplacement et de formation sérieux n’ait été prévu, et en même temps va être lancé le « Grand Carénage »1 qui va, de 2015 à 2022, engager de très grands travaux sur tous les sites français. Il va falloir multiplier au moins par 4 le personnel sous-traitant. En voyant ce qui se passe à Flamanville, nous pouvons légitimement penser qu’une grande partie des sous-traitant-e-s que nécessitera cette mutation viendra d’Europe de l’Est et nous pouvons nous inquiéter du dumping social que cela va créer2 et des conditions d’accueil sur les sites qui passeront de 2 500 à 10 000 nomades.
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Documentaire • Les bombes à retardement du nucléaire
Avec 19 centrales et 58 réacteurs nucléaires, la France peut revendiquer le titre de pays le plus nucléarisé du monde par rapport au nombre d’habitants. Une performance après Tchernobyl et Fukushima que l’on peut ne pas nous envier. D’autant qu’aux dangers des centrales en activité s’ajoutent ceux suscités par l’arrêt des plus anciennes. Avec « Centrales nucléaires, démantèlement impossible ? » (diffusion sur Arte ce soir à 20.50*), le documentariste Bernard Nicolas fait le point sur ces opérations qui s’avèrent loin d’être anodines. Son doc nous montre comment la France, les États-Unis et l’Allemagne tentent d’en résoudre les problèmes.
Ces centrales ont été construites et mises en service sans que l’on sache très bien comment on allait procéder à leur démontage. L’heure venue, tout en assurant le contraire, les compagnies gestionnaires ont dû apprendre sur le tas. Sans beaucoup de précautions, comme dans le Maine aux États-Unis où l’on a dynamité, comme n’importe quel immeuble d’habitations, la partie la moins radio-active d’une installation en ensevelissant sous les poussières produites un public convié au spectacle. Ou bien en progressant par étapes de démontage, du moins au plus contaminé, comme en Europe. Moins radical, mais plus lent : la centrale de Brennilis en Bretagne est en phase de démantèlement depuis 1997. Combien de temps faudra-t-il pour en venir à bout ? Entre 30 et 60 ans, selon les problèmes rencontrés, suggère un intervenant.
Quoi qu’il en soit, la rapidité ou non du démantèlement ne résout pas le problème résultant de la déconstruction. Que faire de toutes les parties contaminées de ces installations ? Les solutions en matière de déchets nucléaires sont allées du pittoresque au pas d’idées du tout. Certains, qui avaient peut-être trop lu Jules Vernes, ont envisagé de les expédier à la jonction des plaques tectoniques, dont le mouvement les pousserait vers le centre de la Terre, dans le magma. Beau scénario de BD, mais la réalité a été plus prosaïque. Les Français se sont contentés, dans les années 60, d’immerger dans la Manche des barils de déchets noyés dans du béton. Les Allemands ont jeté une partie des leurs dans une ancienne mine de sel à 500 mètres sous terre. Malencontreusement, une montagne toute proche dont on s’est aperçu depuis qu’elle bougeait de 10 millimètres par an a fissuré la décharge saline que l’on tente désormais de colmater, tout provisoirement, avec des injections de béton. Quant aux États-Unis, ils ont choisi la simplicité. Dans le Maine, sont entreposés à ciel ouvert 64 barils de 100 tonnes de déchets radio-actifs en attendant, 20, 50, 100 ans ou plus selon la direction. Personne ne sait.
Certes, les projets de stockage de ces déchets ne sont pas tous aussi bricolés. Mais ils relèvent unanimement de la tactique des miettes sous le tapis. Et que peut-on faire d’autre avec une dangerosité qui se mesure en centaines de milliers d’années. Aussi s’élaborent les projets d’autres enfouissements, comme à Konrad, en Allemagne, au nom du respect « des générations futures ». Une ancienne mine de fer accueillera à 1000 m de profondeur les déchets avec la certitude ou du moins l’espérance que l’environnement géologique restera stable durant 300 000 ans… Tout cela coûte cher : pas moins de 18 milliards d’euros, dit-on, pour démanteler les 58 réacteurs français. En réalité, une fourchette de 120 à 170 milliards suggère des esprits critiques. Cet écart fait craindre, d’autant plus dans la frénésie libérale d’aujourd’hui, la tentation d’économies qui pourrait être lourdes de conséquences.
Démanteler une centrale nécessite un transfert de savoir-faire, les connaissances des lieux et des méthodes d’exploitation. L’opération implique en principe la pérennité d’une grande partie du personnel, sa formation et sa protection. Or selon un représentant de la CGT, il y aurait dans le secteur du démantèlement 4 ou 5 strates de sous-traitance qui font écran à des pratiques fiables et éprouvées et à la reconnaissance du travail véritable de ces ouvriers. « Il y a quelques années, explique le syndicaliste, la convention collective majoritaire des entreprises sous-traitante était celle de la métallurgie. Aujourd’hui, c’est celle du nettoyage… » Derrière l’évident mépris pour ces travailleurs de première ligne transparaît ici la véritable inconscience des responsables de la filière à l’égard de du danger du nucléaire. Le déni des difficultés de sortie de ce piège mortel plaide d’autant plus pour son urgence.
* Le documentaire est visible en replay sur Internet (site Arte TV) dans la semaine qui suit sa diffusion soit jusqu’au lundi 27 inclus.
Non au lundi de corvée !
Ce lundi 20 mai des millions de salariés viennent une nouvelle fois de travailler sans toucher de salaire.
Il est urgent de mettre un terme à ce système digne d’un autre temps. Cela devrait être chose facile pour l’actuel gouvernement puisque dans le cadre du débat portant sur la mise en place de la journée de solidarité, Jean Marc Ayrault, alors président du groupe PS à l’Assemblée, déclarait lors de la séance du mercredi 16 juin 2004 à l’attention du gouvernement de l’époque : « Vous demandez aux Français de travailler une journée sans être payés rétablissant en quelque sorte la corvée ».
Comme sur tant de sujets, ce dernier semble aujourd’hui atteint d’amnésie.
Londres • Manifestation de soutien au NHS
Le National Health Service (équivalent de notre Sécurité sociale) est en péril. l’emblème historique du service public britannique est volontairement saigné par les financiers.
Une manifestation de soutien au NHS a été organisée le samedi 18 mars à Londres par une coalition de personnel hospitaliers, résidents concernés, partis politiques, syndicats et associations de santé publique. Ils se sont réunis pour sonner l’alarme: les plans du gouvernement actuel du Royaume-Uni (coalition Tories / LibDem) constituent la plus grosse menace aux services de santé publique depuis au moins une génération: fermeture programmée d’hôpitaux « non rentables », disparition de places dans des maternités et cliniques locales, multiplication des partenariats public-privé qui ruinent les hôpitaux le budget de l’état et des municipalités locales, et abandonnent le service public.
Le Parti de Gauche de Londres participait a cette manifestation, en compagnie de nos partenaires locaux (Green Party, Coalition of Resistance, Left Unity, syndicats, etc.)
Quelques photos de l’événement, qui a réuni environ 5000 personnes:
https://plus.google.com/photos/103368051067106817020/albums/5879344054483726289
Exemple londonnien:
Les nouveaux hôpitaux de Woolwich et de Farnborough (grande banlieue) ont coûté 210 millions de livres. Le consortium qui a emporté le marché inclut Barclays Private Equity et d’autres grosses machines à fric. Le gang se nomme Private Finance Initiative (PFI). PFI est une machine à ruiner le NHS pour mieux le privatiser. Le NHS les a déja payé à hauteur de 535 millions de livres en intérêts, soit plus du double du cout de construction des hôpitaux sus-cités. Le contrat s’étend jusqu’à 2032 ; le total des paiements perçus par PFI s’élèvera alors à 2,5 milliards!!! (environ 3 milliards d’euros)
Ces paiements d’intérêts faramineux (60 millions de livres cette année) ont ruiné le NHS pour Greenwich, Bromley et Bexley (des municipalités londoniennes). C’est le prétexte utilisé pour fermer aujourd’hui le service des urgences de Lewisham (sud de Londres) et pour liquider d’autres parties du NHS.
Construction du ministère de la Défense • Le PG avait vu juste
Le Canard enchaîné a cette semaine dévoilé les grandes lignes d’un rapport interne au Ministère de la Défense confirmant que le groupe Bouygues a été favorisé, via des fuites sur l’appel d’offre, pour remporter le juteux marché de la construction du nouveau ministère de la Défense.
Pire, le ministre de la Défense Gérard Longuet aurait tout fait pour bloquer les enquêtes internes à ce sujet, allant jusqu’à faire pression sur des hauts fonctionnaires.
Sous réserve que ces faits graves soient confirmés par la justice, M. Le Drian doit en tirer les conclusions en annulant ce contrat. La suite logique devrait être de dénoncer la méthode inacceptable du Partenariat Public Privé pour la construction de ce nouveau ministère, ou de toute autre infrastructure publique.
Pour rappel le PG avait, dès la passation du contrat, dénoncé les conditions de construction de ce nouveau ministère. Voici le communiqué publié à l’époque:
Nouveau ministère de la défense : nouveau cadeau aux riches amis du président !
Mardi, 07 Juin 2011
Mardi 31 mai, dans l’indifférence générale du système médiatique français, le ministre de la défense Gérard Longuet a signé un contrat de partenariat public privé (PPP) pour la construction du nouveau ministère de la Défense à Balard. Et pas avec n’importe quelles entreprises ! Avec un consortium mené par Bouygues et un pool bancaire composé de Natixis, Dexia, la Société Générale et BBVA. Rien que ça !
Au prétexte de « réaliser des économies » et d’obtenir de « meilleurs résultats », ce partenariat représente en fait un nouveau triomphe des intérêts du capital et de leurs représentants au sommet de l’Etat. Loin de permettre des économies, il coûtera à long terme très cher aux finances publiques, et partant aux contribuables.
Avec un total évalué à 3,5 milliards d’euros répartis entre un investissement initial de 720 millions et d’exorbitants loyers annuels de 150 millions qui seront versés par l’Etat pendant 27 ans, la construction et la maintenance du ministère constituent une véritable manne pour les riches amis du président.
Dénoncée à plusieurs reprises par l’ordre des architectes, cette stratégie est une vraie bombe à retardement. Elle permettra à quelques grands groupes de se goinfrer pendant des dizaines d’années sur le dos du contribuable, voué à payer la dette engendrée des années durant.
Pire, les conditions de direction des travaux laissent présager d’un alourdissement croissant de la facture. Au nom des contraintes immédiates de gestion, la maîtrise d’ouvrage publique, garante de l’intérêt public et de la bonne exécution des ouvrages, va en effet voir ses prérogatives rognées et transférées au secteur privé. Autant de nouvelles dépenses en perspective.
Bref, comme l’a récemment dénoncé le trésorier du Conseil national des architectes dans le journal Les Echos , le gouvernement et quelques technocrates néolibéraux démantèlent volontairement les pouvoirs de l’Etat dans cette affaire. Avec toutes les conséquences que cela peut supposer (possible non conformité du nouveau ministère aux normes techniques, financières, juridiques, et in fine mise en cause de sa fonctionnalité).
Le Parti de Gauche dénonce la mise en coupe réglée de la richesse nationale par ceux qui, lorsqu’il s’agit de rogner sur les dépenses de santé ou d’éducation, ne cessent d’agiter l’épouvantail de la dette. Il dénonce les cadeaux faits à quelques grands groupes capitalistes sur le dos d’une défense nationale déjà mise à mal par un alignement atlantiste sans précédent.
Retour des Glières : Construire un nouveau CNR en intégrant la dimension écologique, une lecture contemporaine des Jours Heureux
J’étais invitée au rassemblement annuel des « Citoyens et Résistants d’hier et d’aujourd’hui » au plateau des Glières les 18 et 19 mai derniers. Des années que je crevais d’envie d’y aller.
Et je n’ai pas été déçue. Diable, ce fut riche… Le dimanche matin, nous nous sommes retrouvés avec mes camarades élus FDG de Rhône Alpes sur le plateau des Glières sous une averse de neige fondue pour écouter, transis sous nos cirés mais émus, les témoignages venus de Notre Dame des Landes, d’Olivier Leberquier des Fralib et des résistants d’hier, très virulents sur la politique actuelle.
Tous ont dénoncé les promesses non tenues du Président Hollande, fustigeant notamment la politique menée par le Ministre Valls vis à vis des Roms, et rappelant la disparition du terme de « race » votée tout récemment grâce aux parlementaires du Front de Gauche.
La veille, sur le lieu des débats dans le village de Thorens Glières, j’avais déjà eu le plaisir de retrouver sous les chapiteaux Alexis Corbière avec mes camarades du PG, pour certains venus du Rhône, mais aussi des camarades de lutte comme Daniel Ibanez, du collectif d’opposants au Lyon-Turin.
Plaisir également de retrouver Aurélien Bernier avec qui nous n’avons pas manqué d’échanger sur les questions européennes et son prochain bouquin, et de faire la connaissance autour d’un repas de Michel Warschawski, venu directement d’Israël.
Avec cette figure du combat militant et pacifiste de la gauche israélienne, nous avons pu échanger sur la délégation du PG en Palestine à laquelle j’avais participé et sur les élections en cours dans la 8e circonscription des français de l’étranger pour laquelle j’étais à Rome il y a quelques jours, et qui englobe également Israël. Des moments fugaces mais précieux.
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Les invités de Mediapart • La France doit rompre pour transformer l’Europe
En reprenant la « vieille idée » d’un gouvernement économique de la zone euro, François Hollande veut faire croire que davantage d’intégration serait le remède à la crise. Une mauvaise stratégie car « l’objectif social reste à l’état de néant » pour Eric Coquerel et Guillaume Etievant, du Parti de Gauche. Ils plaident pour un abandon des recettes ultralibérales et estiment que seule la France peut imposer un changement de modèle européen à l’Allemagne.
François Hollande a relancé jeudi 16 mai la vieille idée d’un gouvernement économique de la zone euro, fer de lance d’une union politique. Ce gouvernement « se réunirait tous les mois autour d’un véritable président nommé pour une durée longue ». La stratégie du président de la République est claire : alors que le peuple français souffre de sa politique néolibérale, il allume des contrefeux en attribuant à davantage d’intégration européenne le rôle de remède miracle. Ce procédé n’est pas neuf. Pendant les années 1980, Jacques Delors expliquait qu’il fallait faire l’Europe politique pour qu’elle devienne ensuite sociale. Même procédé lors des débats sur le traité de Maastricht : une monnaie unique accélèrerait la construction de l’Europe politique, qui deviendrait ensuite, enfin, sociale.
Toute l’histoire de la construction européenne démontre l’inefficacité de cette méthode. L’objectif social reste à l’état de néant tandis que l’intégration européenne progresse, mais au détriment grandissant de la souveraineté populaire et au profit du système financier et des marchés. L’échec de cette stratégie social-démocrate est patent. Cette stratégie peut se résumer ainsi : accélérer l’édification du contenant pour ensuite établir un rapport de forces à même d’en changer le contenu. On voit le résultat : c’est la social-démocratie qui a changé, gagnée par le poison libéral, et désormais interchangeable avec les partis de la droite européenne.
François Hollande continue cette stratégie d’apparence schizophrène : accumuler les réformes ultralibérales en prétendant construire l’Europe sociale. Et les réformes ultralibérales, il connaît. C’est d’ailleurs le seul domaine dans lequel il est efficace. Il assume même fièrement sa supériorité sur la droite en ce qui concerne la compétitivité, la baisse des dépenses publiques, la réforme du marché du travail. Si la mobilisation et le rapport de force politique à gauche ne l’en empêchent pas, François Hollande compte donc appliquer pour son an II des recettes néolibérales qui ont déjà plongé le pays dans la récession à l’issue de sa première année à l’Elysée.
Ce qui lui reste d’aspiration sociale dépend donc de l’Europe. C’est sans doute le plus grave dans son discours, car on peut craindre qu’Angela Merkel saisisse au bond sa proposition d’accélérer l’union politique et de mettre en place un président de la zone euro. Nous connaîtrions, après Maastricht, une nouvelle catastrophe. Le principe est en effet le même : partant d’un besoin juste –une monnaie internationale suffisamment forte pour contrebalancer le dollar et donc la puissance étatsunienne– la France a accepté les conditions allemandes pour la monnaie unique. Cela a consisté à créer un euro mark surévalué, trop fort pour l’économie de la plupart des autres pays européens, le tout sans aucune harmonisation sociale et fiscale permettant d’en limiter les effets. Le système est en plus cadenassé par la gardienne du temple monétariste : une Banque centrale européenne (BCE) indépendante du pouvoir politique mais pas du système financier.
Le bilan est tragique : les économies européennes incapables de faire face à la crise de 2008 ont plongé dans la récession et dans l’instabilité financière. La domination des Etats-Unis, elle, n’a pas été entachée. Un pas de plus va d’ailleurs être franchi en ce sens avec le grand marché transatlantique. Il sera bientôt en place et établira la primauté du droit étatsunien, après un processus de quinze années de négociations obscures entre la Commission européenne et le ministère américain du commerce.
Si l’Allemagne acceptait de renforcer la gouvernance politique de l’Europe, nous ferions face à un transfert de souveraineté accru pour concentrer plus de pouvoir à Bruxelles et Francfort au service de la doxa libérale. Mme Merkel propose par exemple de faire élire au suffrage universel le président de la Commission européenne, qui détiendrait une légitimité incomparable sans en réalité avoir à rendre de compte aux 560 millions d’électeurs européens et aux parlements nationaux renvoyés à un rôle folklorique. Cette vision orwellienne de la démocratie n’amènera aucune convergence par le haut. Il suffit d’entendre quelques secondes du moindre discours des ectoplasmes libéraux Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et de Mme Merkel elle-même, pour s’en convaincre.
Si François Hollande voulait vraiment une convergence par le haut, il ferait des choix radicalement différents. Pour transformer la construction européenne, il faut d’abord se persuader qu’elle ne vaut que si elle est tournée vers l’intérêt général. Elle n’est en rien une fin en soi mais un moyen pour permettre le progrès humain pour les peuples. Affirmer cet axiome a pour conséquence de ne pas craindre une crise et des ruptures pour tenter de la faire bifurquer. La crise est de toute manière déjà là.
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Amnistie: quand Hollande fait pire que Pompidou
Crédit photo photosdegauche.fr (alexis_cesar)
J’ai assisté jeudi matin dans les tribunes du public de l’assemblée nationale au débat sur la proposition de loi du Front de Gauche sur l’amnistie. Déjà, je dois dire que cela m’a fait tout drôle d’assister à un débat à l’assemblée, c’était la première fois depuis juin dernier. Mais cette fois-ci j’étais spectatrice et plus actrice. J’ai découvert au passage qu’en tant que ancienne députée j’avais le droit d’assister sans passer par la demande de billet de séance alors que j’avais eu l’information contraire. Pas grave, un ami fidèle m’avait permis d’obtenir un billet que je n’ai donc finalement pas utilisé. Dorénavant, en tous les cas, je le saurai et si l’envie me prend de venir faire un tour pour écouter, je n’aurai qu’à pousser la porte. Pourquoi le faire depuis les tribunes du public plutôt que devant son ordinateur ? La vision n’est pas du tout la même, là on voit les mimiques, les gestes, les réactions et parfois c’est très instructif.
Pas toujours facile ces 2 heures et demi où je suis restée : l’envie d’intervenir me démangeait ! J’ai pris consciencieusement des notes car le moment était d’importance et je ne voulais pas me tromper sur ce que je retransmettrai ensuite. A l’heure où je vous écris, le compte-rendu a été mis sur le site de l’assemblée http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2012-2013/20130239.asp . Cela a été rapide, ce n’est pas toujours le cas. Vous pourrez donc vérifier ce que je vais vous raconter.
Le premier à prendre la parole a été le représentant du gouvernement. Au Sénat, c’était Christiane Taubira. Mais comme ayant salué le vote de cette loi et le gouvernement ayant entre temps changé de position, il lui était difficile de venir se dédire à l’assemblée. C’est donc Alain Vidalies,ministre chargé des relations avec le parlement qui s’y est collé. Déjà, la semaine dernière, lorsque je l’avais vu déclarer que François Hollande avait toujours été contre l’amnistie, cela m’avait fait bizarre. Nous avions mené tant de combat commun pendant les 10 ans de gouvernement UMP en défense des droits des travailleurs et des syndicats. Je me disais en l’écoutant, ce n’est pas possible qu’il pense vraiment ce qu’il est en train de dire, il est devenu schizophrène. Au passage, on ne peut que se demander quand Hollande dit la vérité : lorsqu’il nous reçoit à l’Elysée avec Jean-Luc Mélenchon et qu’il répond à notre demande que c’est une bonne idée ? Ou lorsqu’il fait dire à son ministre qu’il a toujours été contre et qu’il le redit jeudi en conférence de presse ? Mais en osant faire un parallèle ignoble et inadmissible entre les casseurs du Trocadéro et les syndicalistes pour justifier son refus.
Tout le discours d’Alain Vidalies a eu pour objectif de démontrer qu’il n’y avait absolument pas lieu de voter de loi d’amnistie: « Nous pouvons donc comprendre que, du fait de la situation économique et sociale, certaines personnes soient conduites à défendre leurs droits fondamentaux, à défendre les services publics et la protection sociale. Cela étant, le vote d’une loi d’amnistie n’est pas une question de droit social, mais exclusivement une question de droit pénal. » Donc « le Gouvernement est opposé à toute amnistie, qui même appelée sociale, reste toujours une amnistie pénale. ».. « Pour le Gouvernement, on ne peut traiter de la souffrance sociale par un traitement moral qui viendrait distribuer à telle ou telle catégorie le pardon public. Car nous devrions, de surcroît, recommencer régulièrement ».
Pour lui visiblement être réprimé lorsqu’on se bat pour ses droits est normal et on ne peut et ne doit rien faire contre ! Donc « Personne ne peut s’exonérer du débat sur le respect de la loi républicaine. Et si l’on acceptait d’envisager sa remise en cause par le vote d’une loi d’amnistie, chacun comprendrait dès lors qu’il est quasi impossible de hiérarchiser la légitimité des transgressions à la loi. »
Il y a toujours eu des militants pour transgresser les lois existantes afin de les faire évoluer et heureusement : peut-être est-ce son jeune âge à l’époque qui lui fait oublier que François Mitterrand et Laurent Fabius ont été inculpés pour avoir soutenu les radios libres sous Giscard et notamment créer Radio Riposte. Ou les hommes et les femmes qui se sont battus pour l’IVG y compris en pratiquant des avortements clandestins ou en revendiquant de s’être fait avorter comme le manifeste des 343. Plus près de nous des faucheurs volontaires ont transgressé la loi et ont été condamnés avant que celle-ci n’interrompe la diffusion des OGM dans notre pays. Ils ne seront donc pas amnistiés. Mais le ministre ne pouvait ignorer que le délit d’offense à chef de l’état, cette survivance monarchique inimaginable contenu dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse, venait d’être supprimé la veille, mercredi 15 mai et ce grâce à la ténacité de Hervé Eon, militant du PG, sanctionné pour avoir brandi une pancarte « casse-toi pauvre con » et qui a fait condamner la France par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) le 14 mars dernier pour violation de la liberté d’expression. Avec le refus de la loi d’amnistie, et malgré l’abrogation du délit, les lois ne pouvant être rétroactives, sa condamnation demeure.
Mais le pire du PS était encore à venir avec l’intervention de Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des Lois. D’entrée de jeu, il a froidement expliqué qu’il ne voulait pas que le texte revienne en commission parce qu’il voulait son rejet le jour même.
« Certes, le principe des lois d’amnistie est constitutionnel. Mais ces lois apparaissent toujours pour les magistrats, pour les policiers, pour les gendarmes, comme un acte incompréhensible. »
Donc, si on suit Mr Urvoas on ne doit voter aucune loi qui déplairait à ces catégories. On comprend mieux le recul de Manuel Valls sur les récépissés de contrôle d’identité ! On n’est même plus dans le gouvernement des juges mais dans celui des fonctions régaliennes devenant supérieur au pouvoir du parlement. Depuis François Hollande, dans sa conférence de presse a expliqué qu’il pourrait y avoir des grâces individuelles. Pire que tout : le fait du prince. Au secours, il est plus que temps d’arrêter cette dérive et de passer à la 6è République où la souveraineté populaire soit remise à sa place, c’est à dire au centre de la décision.
Le PS et le gouvernement nous ont donc expliqué que cette proposition de loi n’entrait pas dans le cadre des lois d’amnistie événementielles qui permettent la réconciliation nationale comme celle portant amnistie des faits en lien avec la guerre d’Algérie ou celle concernant Mai 68 ou enfin celle votée pour la Nouvelle-Calédonie. Le gouvernement s’est bien gardé de citer la loi du 21 décembre 1972, votée à l’unanimité à l’époque et promulguée par Georges Pompidou qui était président de la République. Elle amnistiait les « faits commis à l’occasion de conflits relatifs à des problèmes agricoles, ruraux, artisanaux ou commerciaux ou de conflits du travail. « . Le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale avait d’ailleurs lui aussi déposé une proposition de loi identique dont le premier signataire était François Mitterrand, et il vota donc cette amnistie. L’orateur socialiste, M. Raoul Bayou, aura ces propos lors de la séance du17 octobre 1972 : «si vous êtes partisan d’une loi bancale, limitative et rancunière, ne comptez pas sur nous . Vous iriez ainsi à l’encontre de l’avenir, de la paix sociale, de la nation . (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.) » Quel dommage que le PS d’aujourd’hui n’ait pas cette grandeur d’âme !
La droite a été pareille à elle-même dans l’outrance, notamment Bernard Accoyer de l’UMP, signataire en 2008 d’une proposition de loi d’amnistie pour les délits fiscaux. Mais il n’a évidemment pas manqué d’appuyer là où cela faisait mal pour le PS, divisé entre le vote de la proposition de la loi, le rejet et le renvoi en commission c’est à dire aux oubliettes : « Mes chers collègues de la majorité présidentielle, renoncez à cette synthèse molle, ayez le courage, comme le président de notre commission des lois, de voter avec nous contre ce texte. ». Quant à la petite fille Le Pen ses références sont l’amnistie pour la monarchie ou une citation de Richard Nixon.
Le message du gouvernement est très clair : on ne peut pas voter de loi d’amnistie si tous les groupes ne sont pas d’accord. Ainsi à propos de l’amnistie des petits commerçants du CIDUNATI « Tous les groupes politiques de l’Assemblée nationale de l’époque avaient déposé chacun une proposition de loi, et il s’en était suivi une démarche consensuelle et commune, totalement conforme à ce que, du point de vue républicain, doit être et rester l’amnistie. »
Or, comme la droite, porte parole du Medef, en aucun cas n’acceptera, il n’y aura jamais d’amnistie pour les travailleurs qui luttent contre des régressions sociales gouvernementales ou contre des abus patronaux.
Le gouvernement a donc choisi l’enterrement avec le renvoi en commission sous des prétextes fallacieux comme le relevait Marc Dolez « je suis quelque peu surpris de la proposition du groupe SRC de renvoyer le texte en commission, même si l’annonce nous en a été faite par les gazettes il y a quelques heures déjà : cela revient à dire que le travail en commission n’aurait pas été satisfaisant et qu’il faudrait le reprendre. Ma surprise est d’autant plus grande que cette proposition vient d’un groupe qui n’a pas déposé un seul amendement lors de la réunion de la commission des lois le 24 avril dernier. » et qui a même voté contre des amendements proposés par les députés FG alors que ensuite les arguments utilisés pour le renvoi en commission correspondent justement à ces amendements.
Le renvoi a été voté par le PS, la droite s’abstenant. Pour le passage au débat se sont exprimés pour, les députés du Front de Gauche, ceux d’EELV et au moins un député PS (Serge Janquin, député du Pas-de-Calais), Jérôme Guedj n’ayant pas ce courage et se contentant se s’abstenir. Nous ne sommes pas prêts d’oublier ce lâchage du gouvernement.
L’Humanité • Mélenchon à Cannes pour parler de « marché transatlantique »
Le co-président du Parti de gauche (PG) Jean-Luc Mélenchon était samedi en « terre de mission » dans la région cannoise, où il est venu parler « marché transatlantique » et « valeur du travail » avec des professionnels du cinéma et des salariés de l’hôtellerie et assister au festival « Visions sociales ».
« Ici, on est en terre de mission. Nous sommes la lumière chez les barbares. Ici c’est le règne de l’argent et de toutes les valeurs qui vont avec », a estimé le responsable politique, interrogé par l’AFP en marge de son déplacement.
Pour lui, ce déplacement à Cannes est une forme de « retour ». « On reprend le terrain partout », a-t-il ajouté, entouré de militants ou sympathisants du Front de gauche venus assister au festival « Visions sociales » qui se déroule du 18 au 26 mai à Mandelieu-La-Napoule, près de Cannes (Alpes-Maritimes). Un festival de cinéma engagé, présidé cette année par Costa-Gavras, à 10 kilomètres à peine de la Croisette.
« Le Festival de Cannes a été créé à la Libération par la CGT, les communistes et les socialistes, peu de gens le savent (…), pour répliquer à la Mostra fasciste à Venise. (…) Et on se l’est fait piquer, progressivement, c’est devenu le +top lieu+ du pognon », a-t-il dit. Pourtant, « c’est dans le champ culturel que viennent sous une forme particulièrement aiguë des questions politiques très contemporaines »: celles du « grand marché transatlantique » ou de « la valeur du travail des gens », notamment ceux qui sont « derrière la caméra ». « C’est ce qui a motivé le fait que je vienne ».
Après avoir rencontré dans la matinée des professionnels du cinéma à Cannes, Jean-Luc Mélenchon devait s’entretenir dans la soirée avec des employés du Carlton, palace mythique de la Croisette à Cannes, inquiets de l’avenir de leur hôtel après des rumeurs de vente.
Il doit se rendre dimanche sur le port d’Antibes, connu pour ses méga-yachts de milliardaires, et évoquer notamment l’économie de la mer.






