L’humanité.fr, le 31 octobre 2012 – Pourquoi la loi Brottes sur les tarifs de l’énergie a-t-elle été rejetée?
Au Sénat, la proposition de loi Brottes, qui vise à établir un système de bonus-malus sur l’énergie, a été rejetée, du fait d’une motion d’irrecevabilité déposée par une sénatrice communiste.
La proposition de loi du député François Brottes (PS) sur la tarification progressive de l’énergie devait être examinée hier par les sénateurs. Le texte « visant à préparer la transition vers un système énergique sobre » prévoit l’extension des tarifs sociaux à tous les bénéficiaires de minima sociaux et la mise en place d’un tarif progressif. C’est ce dernier point qui pourrait être la cause de son rejet.
Le principe de cette progressivité serait fondé sur un système de bonus-malus. En se basant sur trois critères, taille du foyer, zone climatique et type de chauffage (électrique ou non), une « consommation cible » serait fixée, au-delà de laquelle le prix du kilowattheure serait augmenté. Une « usine à gaz » pour la droite. Pour les sénateurs communistes, le problème est d’une autre nature : si l’objectif de la proposition de loi est partagé, le groupe CRC s’oppose à la mise en place de malus. « Tel qu’il est proposé, il va surtout s’adresser à des personnes parmi les plus fragiles. Donc, il ne correspond pas à l’objectif porté par la proposition », expliquait récemment la sénatrice communiste de l’Allier Mireille Schurch, qui a présenté en commission une motion d’irrecevabilité adoptée par 20 voix(communistes, centristes et UMP) contre 19. Dans la foulée de ce vote, le rapporteur de la proposition de loi au Sénat, Roland Courteau (PS), démissionnait de cette fonction. La sénatrice, elle, redéposait un texte reprenant uniquement les dispositions visant à élargir la trêve hivernale et les tarifs sociaux.
Car ce principe de pénalité tarifaire remet en cause l’unicité du tarif sur l’ensemble du territoire et risque de pénaliser les ménages les plus modestes, aux logements moins bien isolés faute de moyens pour réaliser les travaux nécessaires. Dans le même sens, l’UFC-Que choisir s’inquiétait pour le cas des locataires qui ne peuvent réaliser ces travaux dans les logements qu’ils occupent.
Soumise au vote des sénateurs en séance hier soir, la motion d’irrecevabilité devait être adoptée. Le gouvernement pourrait alors demander à une commission mixte paritaire, composée de députés et de sénateurs, de retravailler ce texte. Mais, en dernier ressort, la décision reviendra à l’Assemblée nationale, qui avait adopté le texte dans des conditions houleuses le 4 octobre.
déjà mal voté à l’Assemblée À l’Assemblée nationale, la proposition de loi Brottes avait déjà connu des accrocs. Ayant annoncé leurs intentions de s’opposer, pour des raisons différentes, les groupes GDR (Front de gauche), UMP et UDI avaient quitté l’Hémicycle au moment du vote, afin de protester contre les nombreux cavaliers législatifs (articles ajoutés à un texte sans rapport avec le sujet initial) qui visaient à accorder aux industriels de l’éolien un assouplissement des réglementations.
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Sortie du livre "Marx quand même" d’Henri Pena-Ruiz
Philosophe, historien, sociologue, économiste, et militant d’un monde délivré de la tyrannie de l’argent comme de celle de l’exploitation, Karl Marx est un penseur plus pertinent que jamais pour notre époque. Ce livre entend présenter une synthèse aussi méthodique que possible de sa pensée. Une pensée dont il souligne la saisissante actualité au regard des développements les plus récents.
Le titre « Marx quand même » récuse les amalgames qui ont trop longtemps fait obstacle à sa compréhension, voire à sa simple lecture. Il indique sans détour la nécessité de redécouvrir la dimension visionnaire de son oeuvre, affranchie désormais de sa caricature stalinienne.
Marx a su prévoir la mondialisation capitaliste et la froide mercantilisation de toutes choses qui en résulte. Il a montré les limites d’un libéralisme qui ne se soucie pas de donner chair et vie aux conquêtes du droit, et n’exalte le contrat que pour mieux enfermer les exploités dans la contrainte du rapport de force local. Il a livré une analyse approfondie des apparences que prend l’exploitation de l’homme par l’homme, ainsi qu’un décryptage des illusions de la vie économique.
Il a élucidé les mystères du fétichisme de l’argent et les mirages de la circulation monétaire, réfutant par avance la nouvelle religion du marché. Les vertiges de la spéculation financière confirment aujourd’hui son explication des crises économiques.

Marx a souligné avec force de quelle façon l’exploitation des travailleurs s’assortit d’un véritable pillage de la nature, réduite à un réservoir de ressources puisées sans mesure ni précaution. Profit oblige…. Il a montré ce qui advient quand le social -ou tout simplement l’humain- n’est plus qu’un résidu facultatif de l’économique : sous prétexte d’efficacité économique le système capitaliste relègue la question sociale au rang d’un problème inessentiel, abandonné aux hasards de l’aumône. Il externalise les coûts sociaux, écologiques, culturels, d’une quête maladive de profits calculés en dividendes d’actions lancées de le tourbillon de la spéculation financière. Marx a identifié ainsi de façon prémonitoire le couplage actuel entre l’ultralibéralisme et la religion conçue comme supplément d’âme caritatif. Le retour des fanatismes religieux peut trouver ici une de ses explications.
Penseur de l’émancipation universelle, Marx a montré le chemin d’une société réconciliée avec elle-même. Son action en faveur d’une internationale des travailleurs prend un nouveau sens à l’âge de la mondialisation capitaliste. Bref, sa pensée livre les clés de notre monde étrange et paradoxal, où de nouvelles figures de la misère coexistent avec l’opulence extrême. Elle esquisse un horizon possible d’accomplissement de toute l’humanité, enfin délivrée de la lutte des classes.
Tels sont les points majeurs que le livre « Marx quand même » expose avec le souci de mettre à la portée de tous la pertinence d’une oeuvre trop souvent déformée jusqu’à la caricature.
Précarité des employés du nettoyage : ça suffit !
Ecole : le patronat exige, Ayrault exécute
Interrogé par le journal Le Parisien-Aujourd’hui en France le mardi 30 octobre, Jean-Marc Ayrault vient de faire une démonstration de zèle toute personnelle : le patronat exige, il exécute !
Vendredi 26 octobre, dans une tribune publiée dans Le Figaro, Laurence Parisot et Michel Pébereau appelaient au nom du Medef à faire « découvrir l’entreprise et les métiers dès la 6ème », reprenant en cela les propositions du ministre de l’éducation Vincent Peillon. Ils n’ont pas eu besoin de le répéter : Jean-Marc Ayrault affirmait ce matin qu’ « il faut que dès l’école primaire, en CP, on puisse aller voir les entreprises ».
Le Parti de Gauche considère l’enfant comme un être en construction, qui doit pouvoir se forger par lui-même ses propres représentations. L’école n’a pas pour tâche de préparer le jeune au monde tel qu’il est mais doit lui permettre de le mettre à distance, de prendre du recul. Sans cette mise à distance des idéologies patriarcales, économiques, politiques comme des représentations cultuelles et du poids des traditions, aucune émancipation n’est possible.
Le Parti de Gauche refuse donc que dès le plus jeune âge, avant même qu’il ait acquis cette liberté de jugement, le modèle qui lui soit proposé et donc imposé soit celui de l’entreprise, de sa gestion managériale, de ses rapports de force et de classe.
Pour le Parti de Gauche, il faut relever le défi de l’école comme espace à préserver au service de l’émancipation citoyenne contre toute perspective de soumission au patronat. L’école de la République ne saurait répondre aux injonctions du Premier Ministre et devenir un outil de domination au service d’un dogme économique.
Nous condamnons la venue de Benyamin Netanyahou à l’Elysée !
Cette semaine le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est l’invité du Président François Hollande. Sa visite intervient quelques jours après le rehaussement des relations entre l’Union Européenne et Israël, voté par le Parlement européen à travers le protocole ACAA relatif à l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels UE-Israël. Loin d’être un simple accord technique, c’est un acte politique fort du Parlement, qui encourage ainsi le gouvernement israélien à maintenir sa politique brutale d’occupation et de colonisation en Cisjordanie, d’étouffement de la bande de Gaza, et de violation constante des droits de l’homme, rendant l’ensemble des Palestiniens victimes d’un véritable régime d’apartheid.
François Hollande envoie un signe très négatif pour la lutte légitime du peuple palestinien pour la création d’un Etat et le respect de ses droits fondamentaux en recevant officiellement le Premier ministre israélien alors que cet Etat est en situation permanente de violation du droit international. De plus, M. Netanyahou a annoncé l’alliance de son parti le Likoud avec l’extrême-droite israélienne aux prochaines élections législatives et va se rendre sur les lieux des assassinats perpétrés par Mohamed Merah, profitant de ce drame qui a touché la France, à des fins politiciennes.
Le Parti de Gauche condamne fortement cet acte politique, et constate que la politique de l’actuelle Présidence française est dans la continuité de la précédente. Un réel changement, exprimant une politique internationaliste de gauche, eût été de condamner les agissements du gouvernement israélien envers le peuple palestinien et d’engager la France de manière forte dans le soutien pour la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’ONU, dans ses frontières de 1967, en restant ferme sur le droit au retour des réfugiés et sur toutes les conditions de la viabilité de cet Etat, notamment concernant les ressources en eau. En parallèle, il est primordial de faire pression sur l’Etat d’Israël en menant une campagne de sanctions économiques internationales, jusqu’à ce que le gouvernement respecte le droit international et mette fin au régime ségrégationniste qui règne dans les territoires contrôlés et occupés.
Le Parti de Gauche appelle à protester contre la venue de Benyamin Netanyahou, dans le cadre d’un rassemblement unitaire qui se tiendra le mercredi 31 octobre à 18 heures 30 place de l’opéra à Paris.
PSA Finance : Où sont les contreparties à la garantie de l’Etat ?
Le gouvernement vient d’accorder sa garantie à hauteur de 7 milliards d’euros à la filiale financière du groupe PSA, groupe privé côté qui vaut moins de 2 milliards aujourd’hui, et est détenu à 25% par la famille Peugeot. Cette garantie permettra à la filiale PSA Finance de continuer à se refinancer sur les marchés (PSA Finance ne possède pas de dépôts bancaires) pour assurer son activité de prêts aux clients particuliers et aux concessionnaires, malgré la dégradation de la notation du groupe PSA.
Le Parti de Gauche s’interroge sur ce modèle économique qui conduit un constructeur automobile à faire réaliser 40% de son résultat opérationnel par sa filiale bancaire pour ensuite appeler l’Etat à son secours.
L’Etat prétend offrir cette garantie pour maintenir l’emploi (plus de 2 600 salariés dans PSA Finance, dont plus de 800 en France), et afin de contribuer à la pérennité de la filière automobile française. Or, quelles contreparties l’Etat obtient-il de son engagement massif ? Aucune, sinon deux ridicules sièges au Conseil d’Administration (un représentant de l’Etat et un des salariés), et un comité de suivi de la garantie. Rappelons que si PSA fait défaut, ce seront les contribuables français qui payeront l’addition jusqu’à 7 milliards d’euros.
Le Parti de Gauche exige des engagements fermes et écrits en termes d’objectifs de maintien de l’emploi et d’investissement dans l’avenir de la filière automobile, de la part de la direction et de la famille Peugeot. Il apporte son soutien entier aux 8000 salariés du groupe menacés de licenciements.
Guillaume Etievant, président de la Commission économie
Jacques Généreux, secrétaire national à l’économie
Un troisième pôle nationaliste en formation au Japon ?
Shintarô Ishihara a démissionné de son poste de gouverneur de la préfecture-ville de Tôkyô qu’il assurait depuis 1999. Ishihara souhaite fonder un « troisième pôle » (第三極) dans le paysage politique japonais dominé par les deux mastodontes que sont le Parti Démocrate (de centre-droit) et le Parti Libéral Démocrate (droite). Cette notion de troisième pôle n’est pas sans rappeler la troisième voie dont se réclament nombre de partis nationalistes et groupuscules fascistes de par le monde. Ishihara a fondé en 2010 son propre parti, Tachiagare Nippon, qui semble t-il sera le noyau dur de ce courant unitaire nationaliste qui est déjà en discussion avec d’autres organisations politiques dont le très libéral « Minna no tô » (みんなの党 – Votre Parti). Le secrétaire général de « Tachiagare Nippon » a interpellé Ishihara s’est demandé si la différence idéologique n’était pas trop grande entre les deux partis. L’intéressé a rétorqué que “ce courant unitaire n’aurait aucun sens si il n’y avait pas de collaboration électorale”.
Écrivain et journaliste de métier, il obtient le prix Akutagawa (équivalent du Goncourt) pour son roman « La saison du soleil » à 23 ans. En 1965, il adhère au Parti Libéral Démocrate et couvre la guerre du Vietnam en 1967 pour le journal libéral Yomiuri (vendu à des millions d’exemplaires, beaucoup plus que les quotidiens nationaux français). Il abandonnera sa carrière de journaliste pour faire de la politique. Son ami, l’écrivain Yukio Mishima, regrettera cette décision. Ce dernier est connu pour être l’une des dernières personnes à s’être suicidée par le rituel du seppuku (éventrement) – un geste glorifié par de nombreux nationalistes pendant la période d’expansionnisme du Japon entre 1930 et 1945 – suite à un mauvais accueil de son discours en faveur du Japon traditionnel et de l’Empereur lors d’une prise d’otage au ministère de la Défense.
Il est élu député du Parti Libéral Démocrate en 1968 à la chambre des conseillers (assemblée nationale). En 1972, c’est à la chambre des représentants (sénat) qu’il est élu puis sera réélu sept fois de suite en tant que député. Il échoua à l’accession à la gouvernance de Tôkyô en 1975 par le socialiste sortant. C’est alors qu’il fonde un courant hostile à la République Populaire de Chine et proche de Taïwan avec d’autres du PLD. Il fera partie également deux fois du gouvernement pendant les décennies 70 et 80 en tant que directeur de l’agence de l’environnement puis ministre des Transports. À noter qu’en 1988, il est élu président de la Japan-Israel Friendship Association (http://www.israel-japan.org/)
Élu une première fois avec 1,6 million de voix à la gouvernance de la préfecture-ville de Tôkyô il sera largement réélu en 2003 avec 3 millions de voix puis en 2007. Pendant cette dernière campagne électorale, le premier ministre de l’époque Shinzô Abe a fait campagne avec lui. Monsieur Abe est également issu du Parti Libéral Démocrate et est connu pour ses relants nationalistes et ses visites régulières au sanctuaire Yasukuni de Tôkyô qui vénère des criminels de guerre japonais ayant commis des atrocités dans les pays colonisés par le Japon dans les années 30 et pendant la seconde guerre mondiale. Shinzô Abe a été réélu à la présidence du Parti Libéral Démocrate le 26 septembre 2012 alors que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu suite à une dissolution de la diète (chambre basse du Parlement japonais). Ces élections anticipées seront convoquées en novembre par le premier ministre Yoshihiko Noda (Parti Démocrate), élu en septembre 2011, en contrepartie de l’adoption avec le Parti Libéral Démocrate et ses alliés de la loi sur l’augmentation de la TVA japonaise (dont le taux a doublé).
Il quitte le navire du Parti Libéral Démocrate le 10 avril 2010 avec d’autres membres pour fonder le parti « Tachiagare Nippon » (立ち上がれ日本 – « Debout, Japon ! ») dont le nom ainsi que la position sur l’échiquier politique n’est pas sans rappeler le parti « Debout la République » de Nicolas Dupont-Aignan dont les propos récents étaient en faveur d’un rapprochement avec le Front National. Tachiagare Nippon a deux représentants à la diète et trois conseillers au sénat. C’est un parti constitué de nombreux conservateurs et nationalistes qui aspirent à retrouver un Japon ancestral basé sur le système patriarcal. Malgré sa dissidence avec le Parti Libéral Démocrate il est soutenu par ce dernier ainsi que par le New Komeitô et remporte une quatrième fois la gouvernance de Tôkyô en 2011. Face à lui, l’ancien conseiller communiste Akira Koike fait 10,35 %. En 2012, pendant ce qui a été perçu à l’étranger comme une crise diplomatique pour la souveraineté de quelques rochers abritant des ressources en mer de Chine (les îles Senkaku officiellement sous administration japonaise mais revendiquées depuis peu par la République Populaire de Chine), il en profite pour déverser sa haine à l’encontre de la Chine et déclare qu’il rachètera les îles à son propriétaire. Le premier ministre, Yoshihiko Noda, le prend de court et les rachète au nom de l’État japonais.
Nos camarades du Parti Communiste Japonais tirent un bilan désastreux du passage de Ishihara à la tête de Tôkyô : arrêt des constructions de nouveaux logements, suppression de moyens à l’hôpital pour enfants et dans la formation, baisse du budget des mesures de prévention des catastrophes naturelles et affaiblissement du filet de sécurité des citoyen-ne-s de Tôkyô.
Le train de vie luxueux de Ishihara et son absentéisme en mairie sont également critiqués de même que le népotisme qui favorise ses proches collaborateurs et sa famille. Il part également en laissant un déficit de 150 milliards de yens (environ 1,5 milliard d’euros) pour l’accueil des Jeux Olympiques de 2016 à Tôkyô. Et ce, au détriment des mesures envers les personnes âgées dans le besoin, dont le nombre est en hausse à Tôkyô comme partout au Japon. Ses petites phrases font également l’objet de vives critiques. Ishihara se demande en effet si les personnes handicapées lourdement ont une personnalité. Il a également remis en question la prostitution de femmes de confort coréennes et chinoises pendant la seconde guerre mondiale. Enfin, il s’est fait remarqué au lendemain du séisme du 14 mars 2011 en estimant qu’il s’agissait d’une punition divine. Son négationnisme est sans faille. En effet, il a insisté pour que que la guerre d’agression menée par le Japon pendant la seconde guerre mondiale soit embellie dans les manuels scolaires en prenant des mesures contre les professeurs s’y opposant.
La formation de ce « nouveau parti unitaire de Ishihara » est à surveiller de près.
La solution n’est pas dans le repli nationaliste mais dans l’ouverture et l’entraide entre peuples.
François DELBRAYELLE
Article proposé par Céline Meneses
Secrétariat international du Parti de Gauche – En charge des questions européennes
Membre du Bureau Exécutif du Parti de la Gauche Européenne
0033 6 11 84 25 05
http://www.lepartidegauche.fr/
http://fr.european-left.org
Un troisième pôle nationaliste en formation au Japon ?
Shintarô Ishihara a démissionné de son poste de gouverneur de la préfecture-ville de Tôkyô qu’il assurait depuis 1999. Ishihara souhaite fonder un « troisième pôle » (第三極) dans le paysage politique japonais dominé par les deux mastodontes que sont le Parti Démocrate (de centre-droit) et le Parti Libéral Démocrate (droite). Cette notion de troisième pôle n’est pas sans rappeler la troisième voie dont se réclament nombre de partis nationalistes et groupuscules fascistes de par le monde. Ishihara a fondé en 2010 son propre parti, Tachiagare Nippon, qui semble t-il sera le noyau dur de ce courant unitaire nationaliste qui est déjà en discussion avec d’autres organisations politiques dont le très libéral « Minna no tô » (みんなの党 – Votre Parti). Le secrétaire général de « Tachiagare Nippon » a interpellé Ishihara s’est demandé si la différence idéologique n’était pas trop grande entre les deux partis. L’intéressé a rétorqué que “ce courant unitaire n’aurait aucun sens si il n’y avait pas de collaboration électorale”.
Écrivain et journaliste de métier, il obtient le prix Akutagawa (équivalent du Goncourt) pour son roman « La saison du soleil » à 23 ans. En 1965, il adhère au Parti Libéral Démocrate et couvre la guerre du Vietnam en 1967 pour le journal libéral Yomiuri (vendu à des millions d’exemplaires, beaucoup plus que les quotidiens nationaux français). Il abandonnera sa carrière de journaliste pour faire de la politique. Son ami, l’écrivain Yukio Mishima, regrettera cette décision. Ce dernier est connu pour être l’une des dernières personnes à s’être suicidée par le rituel du seppuku (éventrement) – un geste glorifié par de nombreux nationalistes pendant la période d’expansionnisme du Japon entre 1930 et 1945 – suite à un mauvais accueil de son discours en faveur du Japon traditionnel et de l’Empereur lors d’une prise d’otage au ministère de la Défense.
Il est élu député du Parti Libéral Démocrate en 1968 à la chambre des conseillers (assemblée nationale). En 1972, c’est à la chambre des représentants (sénat) qu’il est élu puis sera réélu sept fois de suite en tant que député. Il échoua à l’accession à la gouvernance de Tôkyô en 1975 par le socialiste sortant. C’est alors qu’il fonde un courant hostile à la République Populaire de Chine et proche de Taïwan avec d’autres du PLD. Il fera partie également deux fois du gouvernement pendant les décennies 70 et 80 en tant que directeur de l’agence de l’environnement puis ministre des Transports. À noter qu’en 1988, il est élu président de la Japan-Israel Friendship Association (http://www.israel-japan.org/)
Élu une première fois avec 1,6 million de voix à la gouvernance de la préfecture-ville de Tôkyô il sera largement réélu en 2003 avec 3 millions de voix puis en 2007. Pendant cette dernière campagne électorale, le premier ministre de l’époque Shinzô Abe a fait campagne avec lui. Monsieur Abe est également issu du Parti Libéral Démocrate et est connu pour ses relants nationalistes et ses visites régulières au sanctuaire Yasukuni de Tôkyô qui vénère des criminels de guerre japonais ayant commis des atrocités dans les pays colonisés par le Japon dans les années 30 et pendant la seconde guerre mondiale. Shinzô Abe a été réélu à la présidence du Parti Libéral Démocrate le 26 septembre 2012 alors que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu suite à une dissolution de la diète (chambre basse du Parlement japonais). Ces élections anticipées seront convoquées en novembre par le premier ministre Yoshihiko Noda (Parti Démocrate), élu en septembre 2011, en contrepartie de l’adoption avec le Parti Libéral Démocrate et ses alliés de la loi sur l’augmentation de la TVA japonaise (dont le taux a doublé).
Il quitte le navire du Parti Libéral Démocrate le 10 avril 2010 avec d’autres membres pour fonder le parti « Tachiagare Nippon » (立ち上がれ日本 – « Debout, Japon ! ») dont le nom ainsi que la position sur l’échiquier politique n’est pas sans rappeler le parti « Debout la République » de Nicolas Dupont-Aignan dont les propos récents étaient en faveur d’un rapprochement avec le Front National. Tachiagare Nippon a deux représentants à la diète et trois conseillers au sénat. C’est un parti constitué de nombreux conservateurs et nationalistes qui aspirent à retrouver un Japon ancestral basé sur le système patriarcal. Malgré sa dissidence avec le Parti Libéral Démocrate il est soutenu par ce dernier ainsi que par le New Komeitô et remporte une quatrième fois la gouvernance de Tôkyô en 2011. Face à lui, l’ancien conseiller communiste Akira Koike fait 10,35 %. En 2012, pendant ce qui a été perçu à l’étranger comme une crise diplomatique pour la souveraineté de quelques rochers abritant des ressources en mer de Chine (les îles Senkaku officiellement sous administration japonaise mais revendiquées depuis peu par la République Populaire de Chine), il en profite pour déverser sa haine à l’encontre de la Chine et déclare qu’il rachètera les îles à son propriétaire. Le premier ministre, Yoshihiko Noda, le prend de court et les rachète au nom de l’État japonais.
Nos camarades du Parti Communiste Japonais tirent un bilan désastreux du passage de Ishihara à la tête de Tôkyô : arrêt des constructions de nouveaux logements, suppression de moyens à l’hôpital pour enfants et dans la formation, baisse du budget des mesures de prévention des catastrophes naturelles et affaiblissement du filet de sécurité des citoyen-ne-s de Tôkyô.
Le train de vie luxueux de Ishihara et son absentéisme en mairie sont également critiqués de même que le népotisme qui favorise ses proches collaborateurs et sa famille. Il part également en laissant un déficit de 150 milliards de yens (environ 1,5 milliard d’euros) pour l’accueil des Jeux Olympiques de 2016 à Tôkyô. Et ce, au détriment des mesures envers les personnes âgées dans le besoin, dont le nombre est en hausse à Tôkyô comme partout au Japon. Ses petites phrases font également l’objet de vives critiques. Ishihara se demande en effet si les personnes handicapées lourdement ont une personnalité. Il a également remis en question la prostitution de femmes de confort coréennes et chinoises pendant la seconde guerre mondiale. Enfin, il s’est fait remarqué au lendemain du séisme du 14 mars 2011 en estimant qu’il s’agissait d’une punition divine. Son négationnisme est sans faille. En effet, il a insisté pour que que la guerre d’agression menée par le Japon pendant la seconde guerre mondiale soit embellie dans les manuels scolaires en prenant des mesures contre les professeurs s’y opposant.
La formation de ce « nouveau parti unitaire de Ishihara » est à surveiller de près.
La solution n’est pas dans le repli nationaliste mais dans l’ouverture et l’entraide entre peuples.
François Delbrayelle
Ecole : le patronat exige, Ayrault exécute
Interrogé par le journal Le Parisien-Aujourd’hui en France le mardi 30 octobre, Jean-Marc Ayrault vient de faire une démonstration de zèle toute personnelle : le patronat exige, il exécute !
Vendredi 26 octobre, dans une tribune publiée dans Le Figaro, Laurence Parisot et Michel Pébereau appelaient au nom du Medef à faire « découvrir l’entreprise et les métiers dès la 6ème », reprenant en cela les propositions du ministre de l’éducation Vincent Peillon. Ils n’ont pas eu besoin de le répéter : Jean-Marc Ayrault affirmait ce matin qu’ « il faut que dès l’école primaire, en CP, on puisse aller voir les entreprises ».
Le Parti de Gauche considère l’enfant comme un être en construction, qui doit pouvoir se forger par lui-même ses propres représentations. L’école n’a pas pour tâche de préparer le jeune au monde tel qu’il est mais doit lui permettre de le mettre à distance, de prendre du recul. Sans cette mise à distance des idéologies patriarcales, économiques, politiques comme des représentations cultuelles et du poids des traditions, aucune émancipation n’est possible.
Le Parti de Gauche refuse donc que dès le plus jeune âge, avant même qu’il ait acquis cette liberté de jugement, le modèle qui lui soit proposé et donc imposé soit celui de l’entreprise, de sa gestion managériale, de ses rapports de force et de classe.
Pour le Parti de Gauche, il faut relever le défi de l’école comme espace à préserver au service de l’émancipation citoyenne contre toute perspective de soumission au patronat. L’école de la République ne saurait répondre aux injonctions du Premier Ministre et devenir un outil de domination au service d’un dogme économique.
PSA Finance – Où sont les contreparties à la garantie de l’Etat ?
Le gouvernement vient d’accorder sa garantie à hauteur de 7 milliards d’euros à la filiale financière du groupe PSA, groupe privé côté qui vaut moins de 2 milliards aujourd’hui, et est détenu à 25% par la famille Peugeot. Cette garantie permettra à la filiale PSA Finance de continuer à se refinancer sur les marchés (PSA Finance ne possède pas de dépôts bancaires) pour assurer son activité de prêts aux clients particuliers et aux concessionnaires, malgré la dégradation de la notation du groupe PSA.
Le Parti de Gauche s’interroge sur ce modèle économique qui conduit un constructeur automobile à faire réaliser 40% de son résultat opérationnel par sa filiale bancaire pour ensuite appeler l’Etat à son secours.
L’Etat prétend offrir cette garantie pour maintenir l’emploi (plus de 2 600 salariés dans PSA Finance, dont plus de 800 en France), et afin de contribuer à la pérennité de la filière automobile française. Or, quelles contreparties l’Etat obtient-il de son engagement massif ? Aucune, sinon deux ridicules sièges au Conseil d’Administration (un représentant de l’Etat et un des salariés), et un comité de suivi de la garantie. Rappelons que si PSA fait défaut, ce seront les contribuables français qui payeront l’addition jusqu’à 7 milliards d’euros.
Le Parti de Gauche exige des engagements fermes et écrits en termes d’objectifs de maintien de l’emploi et d’investissement dans l’avenir de la filière automobile, de la part de la direction et de la famille Peugeot. Il apporte son soutien entier aux 8000 salariés du groupe menacés de licenciements.
Guillaume Etievant, président de la Commission économie
Jacques Généreux, secrétaire national à l’économie



