Déclaration de Jean-Marc Ayrault : l’aveu !

Dans sa déclaration devant l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault a dû enfin avouer que le texte du traité est « identique » à celui signé en mars par Nicolas Sarkozy.

Dos au mur, le premier ministre a été contraint de mettre fin à ces mensonges répétés depuis des semaines.

Ainsi, le masque tombe. C’est bien le traité Sarkozy que défendent désormais Jean-Marc Ayrault et François Hollande. C’est bien le traité Sarkozy que le Parti socialiste s’apprête à adopter main dans la main avec l’UMP.

Contrairement à ce que dit Ayrault, ce n’est pas une première étape dans la réorientation de l’Europe. C’est la poursuite pure et simple de la même  politique européenne : l’austérité généralisée. Et la catastrophe grecque, portugaise et espagnole est mise à l’ordre du jour en France.

MALI : – Quand l’impérialisme français prétend venir secourir la veuve et l’orphelin

Adresse au Président de la République française

Lorsque Monsieur le Président de la République française François Hollande vous vous exprimez lors d’une réunion destinée à justifier une intervention de la CEDEAO avec le soutien de la France, vous mettez en avant les femmes outragées, la mise en œuvre de la charia, les monuments historiques détruits et enfin les otages aux mains des rebelles. Bien évidemment nous compatissons avec toutes celles et tous ceux qui ont à souffrir dans leur chair du fondamentalisme  islamiste et nous condamnons fermement cette négation de la laïcité de la République du Mali.

Mais d’une part nous ne pensons pas qu’une intervention militaire soit salutaire pour les otages, d ‘autre part nous sommes persuadés qu’elle aura un effet désastreux sur les populations qui auraient à subir les conséquences de combats meurtriers.

Car Monsieur Hollande, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a d’un côté un adversaire déterminé, fanatique, inséré dans la population et de l’autre côté des troupes connaissant mal le désert et certainement moins motivées que l’adversaire. Vous savez donc que les militaires français seront obligés d’être présents au sol, s’ils ne le sont déjà,  pour faciliter les opérations de repérage, de coordination et d’intervention. Vous allez donc les exposer inutilement ainsi d’ailleurs que le peuple français dans son ensemble si des représailles devaient avoir lieu sur son sol.

Serez-vous le Bush français ou souhaitez vous reprendre la posture guerrière en Libye de votre prédécesseur, posture dont on voit aujourd’hui les conséquences en termes de déstabilisation de la zone sahélienne ? Ou peut-être reprenez vous à votre compte le vieux fantasme gaullien de l’OCRS (Organisation Commune des Régions Sahéliennes) ?

Sont-ce les intérêts économiques et financiers de la France avec le Quatar et l’Arabie Saoudite, ces deux parangons du fondamentalisme islamiste, qui vous empêchent de dénoncer leurs interventions et la propagation à travers le monde de leur conservatisme au service du grand Capital ? Nous notons d’ailleurs que vous laissez votre gouvernement au lieu de refuser l’aide financière intéressée d’un de ces pays continue à négocier les modalités de leur pénétration des territoires de la République.

La France préférerait elle préserver ses intérêts économiques dans de futures activités extractives au Nord du Mali en renforçant sa présence sur place plutôt que d’aider le peuple Malien à retrouver sa souveraineté en reconstituant ses institutions mises à mal par une classe politique aux ordres de l’impérialisme français ?

Monsieur le Président, vous avez vite oublié votre slogan de campagne mais nous constatons qu’en ce qui concerne l’Afrique vous n’avez jamais songé à le mettre en œuvre et que vous vous inscrivez délibérément dans « la continuité toujours » en recevant sans précaution particulière une série de dictateurs africains et maintenant en recourant aux bon vieux interventionnisme militaire.

Monsieur le Président, il est encore temps de reconsidérer votre politique : la relation politique avec l’Afrique n’est pas qu’une série de désagréments à gérer au mieux et d’intérêts à engranger comme vous semblez le penser, c’est un véritable engagement pris en commun pour une émancipation mutuelle de nos peuples et vous devez prendre des initiatives en ce sens, c’est du moins ce que nous attendons de votre part.

Manifestation unitaire du 30 septembre : une étape contre les politiques d’austérité

Avec plus de 80 000 personnes, défilant à l’appel de soixante-cinq organisations, associations, organisations syndicales et partis politiques, la manifestation du 30 septembre a montré que de larges secteurs de l’opinion sont opposés au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSGC) de la zone euro.
Alors que la récession s’installe et se généralise en Europe, ce traité, s’il était appliqué, aggraverait encore la situation actuelle en générant des politiques d’austérité accrues, un chômage galopant et une flexibilisation du travail encore plus poussée au nom de la compétitivité. Il représenterait un déni démocratique soumettant les politiques budgétaires à des normes strictes que les citoyen-es et leurs représentants n’auraient plus la possibilité de remettre en cause. Il entraînerait des coupes massives dans les dépenses publiques, obérant ainsi la possibilité de satisfaire les besoins sociaux et d’entamer la transition écologique, alors même que des propositions réalistes et applicables immédiatement existent pour faire tout autrement. Il érigerait le remboursement de la dette en priorité absolue alors même que la question de son illégitimité doit être posée à travers un audit citoyen.

La balle est maintenant dans le camp du président de la République et des parlementaires, en particulier de ceux de la majorité. Vont-ils s’obstiner dans une voie sans issue ou prendre enfin conscience que ce traité ne doit pas être ratifié par la France ?
Sa non-ratification aurait un écho considérable parmi les peuples d’Europe et serait un geste fort permettant d’amorcer un processus de refondation de l’Union européenne pour une Europe solidaire, démocratique et sociale. 

D’ores et déjà, nous appelons à des mobilisations dans toute la France les 6 et 7 octobre avant le vote pour interpeller les parlementaires et les mettre devant leurs responsabilités. Nous organiserons également un meeting européen qui aura lieu à Paris le 8 octobre (espace Reuilly) pour affirmer cette exigence d’une autre Europe et témoigner du destin commun des peuples d’Europe.

Au-delà du combat engagé contre la ratification du TSCG, et sa traduction dans la loi organique, la manifestation du 30 septembre marque une étape dans la mobilisation contre les politiques d’austérité, en particulier celles induites par le projet de loi de finances 2013.
Nous refusons que les citoyen-es ne soient pas entendus ni consultés alors même que leur avenir est en jeu.
Nous refusons que l’avenir des populations soit sacrifié sur le dogme de l’équilibre budgétaire pour le plus grand profit des marchés financiers.
Nous refusons que les peuples soient soumis à une purge sociale sans fin pour respecter des normes économiquement absurdes.

C’est pourquoi nous nous engageons dans un processus de mobilisation de longue durée pour imposer en France et en Europe des politiques répondant à la satisfaction des besoins sociaux et aux impératifs écologiques.

Le Parti de Gauche soutient la CELAC dans son refus de reconnaître le gouvernement putschiste du Paraguay!

Plus de trois mois après le Coup d’Etat parlementaire de l’opposition contre le Président Fernando Lugo les 21 et 22 avril 2012, le gouvernement de facto de Frederico Franco se trouve de plus en plus isolé dans la région latino-américaine et pour cause.

Le gouvernement putschiste, qui n’a été reconnu ni par le Marché Commun du Sud (MERCOSUR) ni par l’ Union des Nations sud-américaines (UNASUR), vient de se faire rejeter par la Communauté des Etats latino-américains et des Caraibes (CELAC) – le bloc régional regroupant 33 états – qui est venu renforcer les processus d’intégration existants.

Les représentants des Etats de la CELAC réunis parallèlement à l’Assemblée générale des Nations-Unies,  jeudi dernier, ont quitté la salle de délibération dès l’arrivée de la délégation paraguayenne dirigée par Frederico Franco.

Cette décision marque la volonté des Etats latino-américains d’en finir avec les ruptures de processus démocratique dans la région et de ne pas reconnaître les gouvernements issus de manœuvre putschiste, quelqu’en soit la nature.
 
Le Parti de Gauche soutient la CELAC dans sa fermeté à l’égard du gouvernement de Frederico Franco et renouvelle sa solidarité avec le peuple Paraguayen pour qui le Coup d’Etat dure depuis trois mois déjà, … trois mois de trop !

L’acharnement contre Philippe Pichon, ça suffit !

Le Parti de Gauche exprime sa consternation à la suite des révélations faites par le « Canard Enchaîné » et France-Inter.  En effet, le commandant de police honoraire Philippe Pichon, mis à la retraite d’office à 42 ans en 2009 et ne percevant plus aucun traitement depuis décembre 2011, aurait pu d’une part faire l’objet d’une surveillance de sa hiérarchie depuis une dizaine d’années en raison de ses opinions politiques et de son positionnement critique sur l’évolution des missions assignées à la police et d’autre part serait victime d’un faux en écriture publique visant à accélérer et alourdir la procédure disciplinaire  dont il a fait l’objet.Le Parti de Gauche dénonce un acharnement insupportable à l’égard de Philippe Pichon et exige du ministre de l’Intérieur qu’il y mette fin sur le champ, en commençant par le réintégrer dans la police nationale. Pour cela, un simple arrêté ministériel suffit.

Le Parti de Gauche réaffirme son entier soutien à Philippe Pichon, sanctionné pour avoir dénoncé les dérives du fichier STIC et toujours poursuivi pénalement (donc présumé innocent) pour « violation du secret professionnel ». 

Un pied dans la porte

Mission accomplie, nous avons mis le pied dans la porte. Tout a été fait pour blinder le dispositif d’imposition du TSCG : calendrier extrêmement précoce, argumentaire gouvernemental réduisant le rejet du traité à une agression contre Hollande, refus systématique d’Ayrault de répondre à nos arguments, black-out médiatique… Malgré cela, nous avons réussi une mobilisation magnifique, regroupant 80 000 à 100 000 personnes dans des cortèges qui frappaient par leur niveau de conscience et de détermination. Soyons lucides, la majorité du pays continue à rien connaître de ce traité. Mais beaucoup savent au moins désormais qu’il y a une controverse sur le sujet. Et vont dès lors tendre l’oreille pour se faire leur opinion. Cela sera plus facile maintenant que va s’ouvrir le débat parlementaire sur le traité suivi de sa loi organique puis de la première programmation des dépenses publiques qu’il prévoit. Ce premier point marqué est le plus important car il ouvre un chemin de mobilisation qui ira en s’élargissant.

Les médias dominants ont cherché à présenter la mobilisation comme un règlement de comptes avec Hollande. Cela leur permet de réduire le grand débat sur le TSCG à une petite question politicienne. Mais faut-il regretter que la première manifestation de masse qu’ait connu ce gouvernement, seulement trois mois après sa mise en place, soit une manifestation de gauche ? C’est le peuple de gauche qui est politiquement mobilisé. Ce sont les partisans du changement qui sont à l’offensive. Mieux vaut cela que l’inverse ! C’est une expression du rapport de forces de la présidentielle qui nous a permis de battre Sarkozy. Mais c’est aussi la conséquence du positionnement politique de la droite par rapport au gouvernement. L’UMP ne s’oppose pas à la politique austéritaire, elle la soutient. Elle se réjouit de voir son traité mis en œuvre par ses adversaires et ses parlementaires le voteront. Bayrou qui n’est pas soumis aux mêmes contraintes que Copé et Fillon engagés dans une compétition interne à leur camp peut parler plus librement. Il estime que François Hollande est « caricaturé » mais que ses orientations « sont justes, méritoires ».

Ajoutons que le succès du 30 contribue aussi à créer ou renforcer un double front d’opposition à l’austérité. Le Front de gauche l’unifie sur le terrain politique et de ce point de vue notre rassemblement élargissait encore l’arc de force rassemblé à la présidentielle. Le collectif unitaire de préparation de la mobilisation le réalise sur le terrain social dans une convergence remarquable et harmonieuse entre organisations politiques, sociales et syndicales. Nous allons maintenant nous tourner vers la bataille du grand nombre. Les 6 et 7 octobre se tiendront deux journées d’information et de mobilisation sur le traité. Plusieurs organisations syndicales ont aussi prévu des rendez-vous. Il y aura une mobilisation intersyndicale sur la santé le 6 octobre et des manifestations en défense de l’industrie le 9 octobre à l’initiative de la CGT. Le Front de Gauche appelle chacun à répondre présent à l’appel de son syndicat. Pour le reste, notre consigne reste « n’attendez pas les consignes ». La mise en œuvre concrète de l’austérité va s’accélérer en libérant des résistances multiples et multiformes. La lutte contre le TSCG leur permet de converger efficacement dans une alternative globale au pouvoir des banques sur nos vies. Maintenant que nous avons mis le pied dans la porte, nous pouvons pousser fort.

Contre le traité et l’austérité – Le 30 n’est qu’un début, la lutte continue

Le Front de Gauche se félicite de la grande réussite de la manifestation nationale du 30 septembre organisée par 65 organisations (associations, syndicats, forces politiques) pour une Europe Solidaire et contre le Traité d’austérité. Sa diversité syndicale, associative et politique a payé et entraîné une importante dynamique citoyenne. Cette manifestation de plus de 80 000 personnes marque une étape importante dans la mobilisation contre le traité et plus largement les politiques d’austérité qui sévissent en Europe comme en France. Tous ensemble, nous avons largement participé à ce que le débat public s’ouvre sur les enjeux de ce traité. Les deux semaines qui s’ouvrent au parlement doivent être l’occasion d’amplifier encore ce débat.

Nous nous adressons plus que jamais à François Hollande, à son gouvernement ainsi qu’aux députés d’EELV et socialistes pour ne pas ratifier ce traité Merkozy : quand on est de gauche, on n’adopte pas un traité de droite ! Le Président de la République doit entendre toutes celles et tous ceux qui ont manifesté dimanche mais aussi toutes les mobilisations sociales qui lui disent qu’une autre politique est possible et nécessaire. Une politique de partage des richesses en faveur des travailleurs, des milieux populaires, de la jeunesse de notre pays et de relance de notre économie sur la base de critères sociaux et écologiques.

Le Front de Gauche va continuer plus que jamais à se mobiliser contre les politiques d’austérité. D’où notre plein engagement dans les rendez-vous décidés dans le cadre du collectif unitaire : initiatives décentralisées dans toute la France les 6 et 7 octobre pour notamment interpeller les députés, meeting européen à Paris le 8 octobre. Il poursuivra sa bataille pour un référendum qui constitue pour lui une exigence démocratique incontournable.

Il appelle également à soutenir les mobilisations sociales à venir, notamment la journée nationale « notre santé en danger » le 6 octobre, les manifestations syndicales pour la défense de l’industrie et de l’emploi le 9 octobre, et toutes les luttes des salariés contre les licenciements, notamment PSA, ArcelorMittal, Sanofi…

Allemagne – Belle réussite de la manifestation "taxons les riches"

Samedi 29 septembre, ils étaient plus de 40.000 personnes à manifester dans pas moins de quarante villes d’Allemagne pour exiger une meilleure répartition des richesses.

Manque de places en crèche, pénurie de transports en commun, allocations et prestations insuffisantes pour vivre dignement, fermeture des équipements culturels : les manifestants du mouvement « Umfairteilen » constataient le démantèlement de l’Etat social, et réclamaient des mesures fiscales afin d’augmenter les recettes publiques, de subvenir aux besoins sociaux et de réduire les inégalités criantes qui caractérisent l’Allemagne depuis Schroeder.

Plus de 300 organisations avaient signé l’appel à manifester et la plateforme de propositions, notamment l’introduction d’une taxe exceptionnelle sur les riches, l’instauration d’un impôt sur la fortune conséquent, et une imposition plus élevée des droits de succession.

A l’heure où les plans d’austérité sévissent dans toute l’Europe, et à la veille de la grande manifestation unitaire contre le Pacte budgétaire en France, la mobilisation a reçu le soutien du Parti de Gauche, qui exprime sa convergence d’analyse avec le mouvement social allemand : la crise européenne ne doit pas être payée par les peuples, mais par les grandes fortunes, la haute finance et les revenus du capital.

Fidèle à son programme, Die Linke était bien entendu en tête de la manifestation. A noter aussi la présence des Verts et du Parti Social-démocrate. Les élections fédérales dans quelques mois seront l’occasion de vérifier s’il s’agit là d’un vrai ralliement aux idée de l’autre gauche européenne ou s’ils ne s’agit que d’un affichage de façade à visée électoraliste.

La colère gronde au Portugal

Ce samedi 29 septembre, à l’appel de la CGTP, 100.000 manifestants ont conspué l’austérité et le Gouvernement, bon élève de la Troïka, qui la met en vigueur au Portugal.
 
Un événement pour une manifestation syndicale, à laquelle les mouvements de précaires se sont joints.
 
Fort de ce succès la CGTP organise un tour du pays du 9 au 13 octobre. Le 13 octobre au soir un immense concert « Que la Troika aille se faire… » est organisé avec certains des plus grands artistes du pays à Lisbonne pour clore ce tour du Portugal.
 
Sans attendre, dès le 5 octobre plusieurs centaines de personnalités organisent un Congrès des Alternatives. Ce n’est pas un nouveau parti, mais un dialogue entre des centaines de citoyens de gauche anti-austérité qui vont écrire un programme commun de ce que pourrait être le Portugal sans la Troïka et l’austérité, avec un Gouvernement réellement de Gauche.
 
La CGTP a annoncé une grève générale pour le milieu de ce mois d’octobre. Alors que le pouvoir ouvre le débat parlementaire sur le budget 2013 toujours plus austéritaire à partir du 15 octobre.
 
Le Parti de Gauche, présent à Lisbonne samedi 29, soutient les manifestations qui se multiplient contre l’austéritarisme de la Troïka et du gouvernement portugais. Il salue le travail réalisé en ce sens par le Bloc de Gauche et le PCP, la CGTP, les mouvements de précaires et le mouvement « Que la Troïka aille se faire… »

Plus que jamais nous nous sentons solidaires de la lutte du peuple Portugais.

Traité austéritaire – 120 économistes disent Non !

Illustrations-europe-drapeau-1

A l’initiative de la Commission économie du Parti de Gauche, 120 économistes ont signé une tribune parue dans Le Monde daté du mercredi 3 octobre. Voici le texte :

Depuis 2008, l’Union européenne (UE) fait face à une crise économique sans précédent. Contrairement à ce que prétendent les économistes libéraux, cette crise n’est pas due à la dette publique. Ainsi, l’Espagne et l’Irlande subissent aujourd’hui les attaques des marchés financiers alors que ces pays ont toujours respecté les critères de Maastricht. La montée des déficits publics est une conséquence de la chute des recettes fiscales due en partie aux cadeaux fiscaux faits aux plus aisés, de l’aide publique apportée aux banques commerciales et du recours aux marchés financiers pour détenir cette dette à des taux d’intérêt élevés.

La crise s’explique également par l’absence totale de régulation du crédit et des flux de capitaux aux dépens de l’emploi, des services publics et des activités productives. Elle est entretenue par la banque centrale européenne (BCE) qui appuie sans conditions les banques privées, et exige à présent une « stricte conditionnalité » austéritaire des États lorsqu’il s’agit de jouer le rôle de « prêteur en dernier ressort ». Elle leur impose des politiques d’austérité et s’avère incapable de combattre la spéculation sur les dettes souveraines, cela d’autant que sa seule mission reconnue par les traités est celle de maintenir la stabilité des prix.  En outre, cette crise est aggravée par le dumping fiscal intra-européen et l’interdiction qui est faite à la BCE de prêter directement aux États pour des dépenses d’avenir, au contraire des autres banques centrales dans le monde comme la Federal reserve américaine. Enfin, la crise est renforcée par l’extrême faiblesse du budget européen et son plafonnement au taux ridiculement bas de 1,24 % du PIB, avec son orientation qui rend impossible toute expansion coordonnée et ambitieuse de l’activité en Europe.

François Hollande, après s’être engagé pendant la campagne à renégocier le traité européen, n’y a en fait apporté aucun changement, et, comme vient d’ailleurs de le reconnaître Élisabeth Guigou, choisit aujourd’hui de poursuivre la politique d’austérité entamée par ses prédécesseurs. C’est une erreur tragique. L’ajout d’un pseudo-pacte de croissance, aux montants réels dérisoires, s’accompagne de l’acceptation de la « règle d’or » budgétaire défendue par A. Merkel et N. Sarkozy. Elle stipule que le déficit dit structurel (hors variations de cycles économiques) ne doit pas dépasser 0,5% du PIB, ce qui condamnera toute logique de dépenses publiques d’avenir et conduira à mettre en place un programme drastique de réduction du périmètre de l’ensemble des administrations publiques.

En limitant plus que jamais la capacité des pays à relancer leurs économies et en leur imposant l’équilibre des comptes publics, ce traité est porteur d’une logique récessive qui aggravera mécaniquement les déséquilibres actuels. Les pays qui souffrent de l’effondrement de leur demande intérieure seront amenés à réduire plus fortement encore leur demande publique. Alors que plusieurs États membres sont déjà en récession, cela menacera encore davantage l’activité et l’emploi, donc les recettes publiques, ce qui creusera in fine les déficits. Ainsi, l’OFCE prévoit déjà 300 000 chômeurs de plus en France fin 2013 du seul fait de l’austérité. À moyen et long terme, cela hypothèquera la transition sociale et écologique qui nécessite des investissements considérables.

Au nom d’une prétendue « solidarité européenne », le traité organise de fait la garantie par les États des grands patrimoines financiers privés. Il grave dans le marbre des mesures d’austérité automatiques, imposées aux représentants des peuples, en contraignant leurs décisions budgétaires, dictées par une instance non élue. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), institution anti-démocratique par excellence, pourrait proposer des prêts à des taux un peu moins élevés (5% en moyenne). Mais ces prêts seraient conditionnés à l’application d’une austérité drastique imposée aux peuples ! La garantie publique des investisseurs privés ne fait qu’encourager la spéculation, alors qu’il faudrait lui briser les reins en sortant de leur mains la dette publique. L’ensemble de l’édifice repose ainsi sur des conditionnalités anti-sociales imposées à toute aide ou intervention, et le refus d’intervention directe de la BCE pour les dépenses nouvelles. Elle  va se contenter d’un rachat restrictif des titres de dette sur le marché secondaire, comme l’a annoncé récemment Mario Draghi.

Des centaines d’économistes à travers le monde, rejoints en ce sens par certains prix Nobel d’économie comme Joseph Stiglitz et Paul Krugman, ont largement critiqué le non-sens économique de la politique actuellement à l’œuvre en Europe. Le constat est sans appel : l’austérité est à la fois injuste, inefficace et anti-démocratique.

Nous pouvons faire autrement. L’avenir de l’Europe mérite un débat démocratique sur les solutions de sortie de crise. Une expansion coordonnée de l’activité, de l’emploi et des services publics serait aujourd’hui possible en Europe, notamment par le financement direct sélectif et à bas taux par la BCE des organismes publics de crédit. Pour que l’UE mette en œuvre cette politique, il est urgent de réformer et de démocratiser ses institutions. Un Fonds européen de développement social et écologique, à gestion démocratique, pourrait accentuer cette dynamique. De plus, l’UE pourrait mettre en place un contrôle de la finance, notamment en interdisant les échanges d’obligations souveraines sur les marchés de gré à gré, en limitant strictement la titrisation et les produits dérivés et en taxant les mouvements de capitaux spéculatifs.

Les défis sociaux et écologiques d’aujourd’hui sont immenses. Il est urgent de changer de cap pour sortir de la crise par le haut. Il est possible de défaire le sombre bilan des politiques libérales d’une France qui comprend 5 millions de chômeurs et 10 millions de pauvres. Pour s’en donner les moyens, il faut briser l’étau des marchés financiers et non leur donner des gages. C’est pourquoi nous refusons la ratification du Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). 

Ce texte n’engage que ses signataires :

www.appeldeseconomistes.fr

« RetourSuivant »